Nos téléphones seront durables (partie 2) : une démarche en trois temps

Comme nous l’avons vu dans la première partie de cette minisérie, le téléphone cellulaire génère des impacts considérables sur l’environnement. Sa phase de fabrication est responsable de 75 % des gaz à effet de serre (GES) émis pendant toute sa durée de vie. Selon l’ADEME, les trajets impliqués dans la production d’un téléphone correspondent à quatre tours du monde.Du point de vue mondial, 720 millions de téléphones sont jetés aux ordures chaque année, contribuant à la pollution des sols, de l’air et des écosystèmes, affectant la santé des populations des pays du Sud. Au Québec, seulement 9 % des téléphones cellulaires ont été récupérés en 2018 à des fins de recyclage par la filière officielle du gouvernement (filière gérée par l’Association pour le recyclage des produits électroniques ou ARPE).

Nous vous avions promis des conseils pratiques et un grand nombre de ressources pour lutter contre ces chiffres anxiogènes : les voici !

UNE DÉMARCHE DÉTOXIFIANTE EN 3 TEMPS

Ilona Titova, Shutterstock

Étape 1 : Je prends un moment de réflexion, je répare et je résiste !

Réduire l’impact environnemental de son téléphone, c’est d’abord retarder le plus longtemps possible son remplacement !

C’est donc résister à tout prix aux sirènes du marketing des grandes marques qui — on connaît la chanson — investissent des millions de dollars dans des campagnes publicitaires pour nous convaincre que le bonheur passe par la meilleure cellule optique, la vitesse du microprocesseur ou la personnalisation d’un étui de téléphone. Plus grand, plus rapide, plus beau… N’est-on pas un peu las de ces vieilles rengaines ? Elle est loin, l’époque où l’on s’extasiait devant la taille des écrans ou la qualité des photos. Se passionner par la mise en marché d’un nouveau modèle de téléphone est presque devenu « un anachronisme », comme l’écrit Shira Ovide, chroniqueuse dans le New York Times.

Osez faire face à l’ultime question : les bienfaits d’un tout nouveau téléphone compensent-ils ses impacts ? Suis-je en train de répondre à un besoin précis, ou de suivre la tendance (qui conduit, ne l’oublions pas, aux conséquences planétaires décrites plus hautes) ? Ai-je la possibilité de reporter mon achat de 2, 4 ou 6 mois ?

Réduire l’impact environnemental de son téléphone, c’est aussi prendre soin de son vieux serviteur pour prolonger le plus longtemps possible sa durée de vie. Un problème technique ? Les fabricants offrent un service après-vente (sur leur propre site ou à travers des réparateurs agréés) pour régler les dysfonctionnements les plus courants et les défaillances avérées d’un modèle. 

De petites entreprises indépendantes sont souvent capables d’effectuer des réparations beaucoup plus poussées, avec une garantie, et à moindre coût. Citons par exemple iPhoenix (Montréal), MobileNinja (Sherbrooke), Oups (Québec, Brossard, Jonquière), SOS Phone (Québec, Longueuil) et UniverPhone (Montréal, Saint-Eustache). Vous vivez au bout du monde ? Envoyez-leur votre téléphone via Poste Canada. Le site iFixit vous aide aussi à effectuer certaines réparations vous-mêmes en offrant notamment une série de tutoriels et de manuels. Insertech organise également des ateliers de réparation gratuits à Montréal tout en favorisant l’insertion professionnelle. Quand on sait qu’un quart des Canadiens préfèrent acheter un produit électronique neuf plutôt que de le faire réparer, on a envie de partager ces tuyaux le plus vite possible !

Étape 2 : J’agis en consommateur.rice éclairé.e lors de l’achat d’un nouveau téléphone

Ayez le réflexe de vous tourner vers les marchés d’occasion afin d’économiser les ressources planétaires. Optez pour un appareil reconditionné (d’occasion, mais remis à neuf), pour toutes les garanties de durabilité qu’il procure : Go-Recell (Montréal), Insertech, MobileNinja, Oups, Recycell, SecondCell, SOSPhone.

Si votre entreprise renouvelle sa flotte de téléphones, saisissez cette excellente occasion de vous procurer un appareil récent et fonctionnel, pour un prix entre 50 $ et 100 $. Ces appareils n’ont toutefois pas été reconditionnés et peuvent présenter certains dysfonctionnements. Renseignez-vous sur les conditions de retour et vérifiez l’autonomie de la batterie.

Étape 3 : Je me sépare de mon ancien téléphone avec éthique

Si vous devez absolument acheter un appareil tout neuf, offrez d’abord une nouvelle vie à votre vieux compagnon ! 44 % des Canadiens déclarent entreposer leurs vieux téléphones chez eux, alors qu’ils pourraient facilement être donnés, reconditionnés ou recyclés, évitant l’extraction de métaux rares et l’émission de tonnes de GES engendrés par la production de millions de nouveaux téléphones.

  1. Si votre vieux téléphone fonctionne encore, pensez à l’offrir à quelqu’un qui en a besoin, comme 15 % des Canadiens. Peut-il faire le bonheur d’un proche qui se contenterait de sa « médiocre performance » ? Pensez aussi aux organismes caritatifs.
  2. S’il n’est pas réparable, et qu’il n’intéresse personne, récupérez vos données, ôtez la carte SIM et déposez-le dans un point de collecte certifié par l’ARPE. Il sera alors reconditionné si possible, c’est-à-dire que les composants défectueux qui peuvent être remplacés le seront, ce qui lui permettra d’être remis en marché et de prolonger sa durée de vie. 
  3. Apportez-le à votre écocentre, si celui-ci accepte les déchets électroniques. Il sera alors pris en charge par la filière de recyclage officielle.
  4. En aucun cas il ne doit terminer sa vie aux ordures ménagères. Sachez aussi qu’un téléphone jeté dans le bac de recyclage finira dans tous les cas à l’enfouissement.

 

Si votre entreprise renouvelle sa flotte de téléphones, saisissez cette excellente occasion de vous procurer un appareil récent et fonctionnel, pour un prix entre 50 $ et 100 $. Ces appareils n’ont toutefois pas été reconditionnés et peuvent présenter certains dysfonctionnements. Renseignez-vous sur les conditions de retour et vérifiez l’autonomie de la batterie.

Alors, prêts.es ?

Et si, en 2022, on s’engageait à ne pas acheter de cellulaire neuf ?

Kilian Seiler, Unsplash

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Sources :

ADEME. (2019, décembre). Les impacts du smartphone. https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-impacts-smartphone.pdf

ADEME. (2021, janvier). La face cachée du numérique. Réduire les impacts du numérique sur l’environnement. https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-face-cachee-numerique.pdf

Corlay, F., & Minden, J. V. (2020, 3 juillet). Smartphones: de la prouesse technologique au scandale humanitaire et environnemental. ILERI. https://www.ileri.fr/smartphones-prouesse-technologique-scandale-humanitaire-environnemental/

Greenpeace. (2017, février). From Smart to Senseless: The Global Impact of 10 Years of Smartphones. https://www.greenpeace.org/usa/wp-content/uploads/2017/03/FINAL-10YearsSmartphones-Report-Design-230217-Digital.pdf

National Geographic. (2019, février). Bolivie : l’extraction du lithium menace le plus grand désert de sel du monde. National Geographic. https://www.nationalgeographic.fr/environnement/bolivie-lextraction-du-lithium-menace-le-plus-grand-desert-de-sel-du-monde

Paré, I. (2018). Combattre l’obsolescence programmée, une réparation à la fois. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/societe/consommation/540593/consommation-combattre-l-obsolescence-programmee-une-reparation-a-la-fois

Recyc-Québec. (2020). Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec. Recyc-Québec. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/bilan-gmr-2018-complet.pdf

Recyclemoncell. (2020). Soutien toujours plus important au programme de recyclage des cellulaires usagés. Recyclemoncell. https://www.recyclemycell.ca/fr/1248-2soutien-toujours-plus-important-au-programme-de-recyclage-des-cellulaires-usages/

Schoettel, A. (2019, 8 mai). Comment lutter contre la pollution digitale ? France Copywriter. www.francecopywriter.fr/pollution-digitale-2019

Shields, A. (2021). Cellulaires et ordinateurs portables sont très peu récupérés au Québec. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/societe/environnement/597139/cellulaires-et-ordinateurs-portables-sont-tres-peu-recuperes-au-quebec

Ovide, S. (2021, 12 août). On Tech. Smartphones Won. We Can Ignore Them. The New York Times. https://www.nytimes.com/2021/08/12/technology/new-smartphone-models.html

Nos téléphones seront durables : Les impacts de nos cellulaires (Partie I)

Le téléphone cellulaire génère des impacts considérables sur l’ensemble de son cycle de vie, et c’est la phase de fabrication (incluant l’extraction des matières premières), qui est la plus néfaste pour l’environnement. Pourquoi ? Parce qu’est responsable de 75 % des gaz à effet de serre (GES) émis pendant toute la durée de vie du téléphone. 

 
L’AMPLEUR DU PHÉNOMÈNE : TENEZ VOUS BIEN!

La fabrication des 1,7 milliard de téléphones cellulaires vendus en 2017 a généré autant d’émissions de GES que celles produites chaque année par l’Autriche. Les impacts de cette production sont d’autant plus considérables que l’utilisation moyenne d’un téléphone est de 2 ans. Aujourd’hui encore, la grande majorité des téléphones cellulaires ne sont pas conçus pour être réparés ou recyclés : l’alliage complexe des matériaux, les piles collées ou soudées, l’absence de pièces de rechange ou de réseaux professionnels spécialisés entravent la réparabilité, le reconditionnement (remise à neuf) et le recyclage des téléphones. Seuls 5% des téléphones seraient recyclés à travers le monde, tandis que 720 millions sont jetés aux ordures chaque année, contribuant à la pollution des sols, de l’air et des écosystèmes, affectant la santé des populations vulnérables des pays du Sud.

La fabrication d’un téléphone de 100 grammes requiert près de 30 kg de matières premières issues principalement d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie. Cette statistique est d’autant plus frappante quand on sait que le nombre de téléphones vendus dans le monde a plus que décuplé entre 2007 et 2018 ! Selon l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), plus de 70 matériaux, dont des métaux rares, entrent dans la composition d’un seul téléphone. L’extraction de ces matières nécessite de grandes quantités d’énergie et contribue à la destruction d’écosystèmes dont certains présentent une valeur écologique unique, comme le Salar d’Uyuni en Bolivie.

Trajets impliqués dans le cycle de production du téléphone cellulaire. Source : ADEME (2019)
Qu’en est-il au québec?

Le dernier bilan de Recyc-Québec indique qu’en 2018 seulement 9% des téléphones cellulaires ont été récupérés par la filière officielle du gouvernement (filière gérée par l’ARPE ou Association pour le recyclage des produits électroniques). Seuls 10 % d’entre eux seraient destinés au réemploi, malgré l’existence du principe de responsabilité élargie des producteurs, qui exige que les fabricants et détaillants prennent en charge le recyclage des produits qui ne sont plus utilisés. Le manque de réglementation sur la gestion des déchets électroniques conduit aussi à l’enfouissement de substances toxiques contenues dans les téléphones et à leur exportation vers des pays africains, le Canada s’étant soustrait aux accords internationaux visant à interdire les exportations de déchets.

                          ALORS, QUE FAIRE?
 
      1. Pour diminuer l’impact environnemental de votre cellulaire, cherchez avant tout à retarder l’acquisition d’un téléphone neuf.
      2. Ensuite, ne laissez pas dormir votre vieux téléphone dans l’un de vos tiroirs : réparez-le, offrez-le à un proche, ou rapportez-le à un point de collecte agréé. Les matériaux qu’il contient peuvent être récupérés afin d’éviter la fabrication de nouveaux téléphones, économisant ainsi de précieuses ressources en minerais, métaux et énergie. Cela permet également une économie d’émissions de GES, qu’il nous faut réduire de toute urgence pour lutter contre les changements climatiques.
  1.  
 
 

 

Ne manquez pas la seconde partie de cet article qui contiendra toutes les ressources utiles pour mettre en pratique ces précieux conseils !


 
 
fABRICANTS ET GOUVERNEMENTS: QUELLE RESPONSABILITÉ?

Comme toute entreprise, les fabricants de téléphones ont une responsabilité sociale et environnementale (RSE) vis-à-vis de la société civile, qui devrait inciter à concevoir des produits générant le moins d’impact possible sur l’environnement. En concevant des téléphones moins énergivores, réparables, pouvant être reconditionnés, recyclables, sans substances dangereuses, plus économiques en ressources, et intégrant des matières recyclées, ils montreront qu’il n’est plus acceptable d’ignorer les besoins fondamentaux de leurs 7,7 milliard d’usagers, à savoir le droit à un environnement sain et viable pour les décennies à venir.

De leur côté, nos gouvernements doivent continuer à réglementer la filière de récupération des déchets électroniques, rendre obligatoire la récupération des vieux appareils, lutter à tout prix contre l’obsolescence programméeCeci afin d’obliger les entreprises à s’engager sur la durée de vie de leurs produits, comme c’est le cas dans certains pays d’Europe.  Enfin, les entreprises devraient être obligées de divulguer de façon transparente les informations relatives aux impacts de leurs produits (bilan carbone, taux de récupération et de recyclage) afin de démontrer qu’elles prennent au sérieux la notion de responsabilité sociale et environnementale.

 

un brin d’optimisme !
 

Citons un pionnier du secteur, l’entreprise FairPhone, avec sa devise étonnante : « Le téléphone le plus écologique est celui que vous possédez déjà », qui propose des téléphones durables, garantis 5 ans, composés de modules facilement remplaçables. Fairphone offre des pièces de rechange sur sa boutique en ligne (batterie, caméra, écran, etc.), des tutoriels et guides de réparation pour ses produits. C’est aussi le tout premier fabricant de cellulaires à recevoir la certification « Or » du label commerce équitable.

 

COMMENT AGIR À MON NIVEAU?
 
    • En partageant avec vos proches ce que vous avez appris ici.
    • En signant la pétition en faveur du Projet de loi no 197 contre l’obsolescence programmée et le droit à la réparation des biens.
    • En faisant entendre votre voix auprès de vos décideurs politiques.
    • En votant pour des candidats qui défendent ces idées.
    • En interrogeant votre fournisseur de téléphone sur ses pratiques.
    • En donnant du temps ou de l’argent à un OBNL actif sur ces thématiques.
    • En participant aux marches pour le climat.
    • En surveillant la publication de notre prochain article qui présentera des trucs concrets sur le sujet, et en les mettant en pratique!

 

PAR BLANDINE SEBILEAU-MEYNIEL POUR L’ASSOCIATION QUÉBÉCOISE ZÉRO DÉCHET

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Sources :

ADEME. (2019, décembre). Les impacts du smartphone. Consulté le mars 15, 2021, sur ADEME : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-impacts-smartphone.pdf

ADEME. (2021, janvier). La face cachée du numérique. Réduire les impacts du numérique sur l’environnement. Récupéré sur https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-face-cachee-numerique.pdf

Corlay, F., & Minden, J. V. (2020, 3 juillet). Smartphones : de la prouesse technologique au scandale humanitaire et environnemental. ILERI. Récupéré sur https://www.ileri.fr/smartphones-prouesse-technologique-scandale-humanitaire-environnemental/

Greenpeace. (2017, février). From Smart to Senseless: The Global Impact of 10 Years of Smartphones. Récupéré sur https://www.greenpeace.org/usa/wp-content/uploads/2017/03/FINAL-10YearsSmartphones-Report-Design-230217-Digital.pdf

Greenpeace. (2017, février 27). What 10 years of smartphone use means for the planet. From Smart to Senseless: The Global Impact of Ten Years of Smartphones. Récupéré sur https://www.greenpeace.org/usa/wp-content/uploads/2017/03/FINAL-10YearsSmartphones-Report-Design-230217-Digital.pdf

National Geographic. (2019, février). Bolivie : l’extraction du lithium menace le plus grand désert de sel du monde. Récupéré sur National Geographic : https://www.nationalgeographic.fr/environnement/bolivie-lextraction-du-lithium-menace-le-plus-grand-desert-de-sel-du-monde

Paré, I. (2018). Combattre l’obsolescence programmée, une réparation à la fois. Consulté le 26 août 2021, sur Le Devoir : https://www.ledevoir.com/societe/consommation/540593/consommation-combattre-l-obsolescence-programmee-une-reparation-a-la-fois

Planète Énergies. (2020, 23 juillet). Analyse du cycle de vie d’un téléphone portable. Récupéré sur Planète Énergies : https://www.planete-energies.com/fr/medias/diaporamas/analyse-du-cycle-de-vie-d-un-telephone-portable

Recyc-Québec. (2020). Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec. Consulté le 25 mars 2021, sur Recyc-Québec : https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/bilan-gmr-2018-complet.pdf

Recyclemoncell. (2020). Soutien toujours plus important au programme de recyclage des cellulaires usagés. Consulté le 25 mars 2021, sur Recyclemoncell : https://www.recyclemycell.ca/fr/1248-2soutien-toujours-plus-important-au-programme-de-recyclage-des-cellulaires-usages/

Schoettel, A. (2019, 8 mai). Comment lutter contre la pollution digitale ? Récupéré sur France Copywriter : www.francecopywriter.fr/pollution-digitale-2019

Shields, A. (2021). Cellulaires et ordinateurs portables sont très peu récupérés au Québec. Consulté le 25 mars 2021, sur Le Devoir : https://www.ledevoir.com/societe/environnement/597139/cellulaires-et-ordinateurs-portables-sont-tres-peu-recuperes-au-quebec

Ovide, S. (2021, 12 août). On Tech. Smartphones Won. We Can Ignore Them. Consult le 25 août 2021, sur The New York Times : https://www.nytimes.com/2021/08/12/technology/new-smartphone-models.html

Où vont nos masques?

Comment réduire l’impact des millions de masques de procédure qui sont entrés si rapidement dans nos vies ? Qu’advient-il de ces boîtes de collecte, utilisées par les écoles, mais aussi par les entreprises et commerçants responsables, qui avalent nos masques et les font disparaître miraculeusement ? Que se passe-t-il dans les coulisses du recyclage des masques ?

Notre conscience d’écocitoyen.ne est souvent dérangée par ces questions, en particulier depuis que le port du masque de procédure est exigé dans les écoles, les entreprises et certains lieux publics. Alors, faisons ici le tour des solutions pour essayer d’y voir plus clair.

Tous écocitoyen.ne.s

Le premier réflexe à adopter pour protéger l’environnement est d’éviter d’abandonner nos masques sur la voie publique ou dans la nature. Ce simple geste évitera que les masques ne se dégradent en micro et nanoplastiques, qui s’accumulent dans les sols, les rivières et les océans pendant plusieurs dizaines d’années, ou encore qu’ils n’entravent le fonctionnement des stations de filtration d’eau potable.

Lorsque des boîtes de collecte sont disponibles, il ne faut pas hésiter à les utiliser. Même si le recyclage n’est pas encore optimal, c’est en encourageant cette forme de collecte que le dépôt sauvage et l’enfouissement pourront être évités.

Attention! Les masques déposés dans le bac de récupération de la maison (destiné à la collecte sélective) finiront avec les ordures, car les municipalités n’offrent pas encore ce service.

Pourquoi faut-il recycler les masques?

Un masque de procédure est composé de différentes matières : polypropylène (plastique), barrette nasale en aluminium ou en fer recouverte de plastique, attaches auriculaires en polyester ou autre matériau (les fameux élastiques).

Différentes solutions sont présentement disponibles pour traiter les masques de procédure usagés :
  • La valorisation énergétique ou thermique : récupération de l’énergie ou de la chaleur générée par la combustion des masques.
  • La valorisation en matériaux composites : les matériaux constituant les masques sont mélangés à de la biomasse pour former des composites compacts qui peuvent à leur tour générer de l’énergie ou de la chaleur, être transformés en éthanol, en méthanol ou en équipements variés (panneaux de construction, murs coupe-son).
  • Le recyclage : les différents matériaux composant les masques sont séparés puis transformés pour permettre leur réutilisation. Ainsi, la partie centrale est broyée et transformée en paillettes de plastique qui peuvent être revendues à des entreprises, qui vont les utiliser à leur tour pour fabriquer de nouveaux produits. Même les barrettes en aluminium et les élastiques des attaches auriculaires trouvent des débouchés auprès des repreneurs.
D’après le principe de hiérarchisation des produits en fin de vie, le recyclage des masques est à prioriser plutôt que la valorisation énergétique ou l’enfouissement, car il génère en principe moins d’impacts environnementaux.  
Source: Hannah
entreprises de récupréation

Au Québec, plusieurs entreprises proposent leurs services de récupération et de recyclage des masques de procédure. Cependant, elles ne sont a priori pas équivalentes en termes de gain environnemental. Deux paramètres en particulier sont à considérer :

  • Le lieu de traitement des masques : certaines entreprises acheminent les masques jusqu’en Ontario, dans le New Jersey ou en Illinois, générant des gaz à effet de serre (GES) importants lors du transport, ce qui augmente considérablement l’impact environnemental de la récupération.
  • Le type de traitement des masques : recyclage ou valorisation.

entreprises responsables

Considérant ces paramètres, la solution la plus intéressante sur le plan environnemental est le programme Go Zero de l’entreprise MedSup, qui travaille avec plusieurs partenaires québécois.

Pourquoi ?

  • Ils garantissent le recyclage de 100% des masques, plutôt que la valorisation en énergie ou en matériaux composites.
  • Ils sont au Québec ! On limite nos émissions de GES et on encourage l’économie locale.
  • Ils travaillent avec des entreprises d’économie sociale qui favorisent la réinsertion de personnes en difficulté à Sherbrooke (Défi Polyteck), Montréal (Axia), Sorel-Tracy (Recyclo-Centre), Alma (Groupe Coderr), et bientôt Québec (Groupe TAQ). 
les coûts, toujours les coûts!

Attention, ces solutions sont dispendieuses (plusieurs dizaines de milliers de dollars par tonne métrique pour la solution du recyclage) ! Avant d’aller de l’avant, assurez-vous de demander un devis complet comprenant tous les aspects (dont l’achat de la boîte de collecte et le transport) selon le volume de masques à traiter et faites équipe avec d’autres entreprises locales pour réaliser des économies sur le service de récupération. Exigez des certificats de traçabilité de la part de votre fournisseur.

Pourquoi le recyclage des masques est-il si dispendieux ? D’abord, la séparation des matières nécessite un travail minutieux, souvent manuel, qui se répercute sur les coûts. Ensuite, la faible masse volumique des masques rend difficile leur acheminement et leur traitement en grandes quantités. Enfin, la récupération des masques n’est pas centralisée au Québec et les points de collecte sont encore bien trop rares. Par conséquent, les flux de transports ne sont pas optimisés, ce qui nuit à la collecte massive des masques et à la mise en place de procédés de traitement de masse plus rentables.

et après, on va s’améliorer?

Recyc-Québec prépare une analyse de cycle de vie qui permettra de confirmer quelle solution de récupération constitue la meilleure alternative pour l’environnement, en quantifiant notamment tous les impacts environnementaux du recyclage des masques : collecte et transport, séparation et traitement des matériaux, acheminement vers une entreprise qui transformera les matières recyclables en nouveaux produits, fabrication de ces nouveaux produits… À suivre de près!

Pour le moment, en effet, il n’existe pas à notre connaissance d’étude quantitative permettant de démontrer que le recyclage des masques de procédure génère moins d’impacts environnementaux que les autres solutions. Il est donc urgent de statuer sur ce point. Seule une analyse de cycle de vie fournira les arguments nécessaires à une prise de décision éclairée et, peut-être, suscitera la prise de conscience nécessaire à une gestion centralisée de la collecte et du traitement des masques à l’échelle du Québec.

En attendant, une avenue importante à explorer en dehors du recyclage est la réutilisation des masques. Celle-ci permettrait de réduire considérablement les quantités de déchets engendrés, et d’éviter les impacts environnementaux du recyclage (transport, énergie consommée, etc). Un consortium de chercheurs a d’ailleurs démontré que les masques de procédure demeurent efficaces après 10 lavages à 60 degrés Celsius, c’est-à-dire qu’ils continuent de respecter la norme de référence EN14683 pour les masques de type 1. Il serait donc intéressant que Santé Canada se penche sur cette étude et émette des recommandations à l’usage du grand public et des fabricants de masques, pour encourager le lavage sécuritaire des masques de procédure. Certains pays ont déjà émis des directives dans ce sens.

À quand la mise en place d’une norme pour le masque réutilisable destiné au grand public au Québec ?

Selon les principes de saine gestion des matières résiduelles, le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Alors, si on se sent à l’aise et lorsque c’est possible, porter un masque lavable et réutilisable permet de réduire nos déchets… en attendant le jour où, comme avant, nous n’aurons plus besoin de nos masques !

Par blandine Sebileau-Meyniel pour l’association québécoise zéro déchet

Sources

Charvet, A., Thomas, D., Bardin Monier, N. (2020). Laver nos masques chirurgicaux, c’est possible. The Conversation. https://theconversation.com/laver-nos-masques-chirurgicaux-cest-possible-150227

Colpron, S. (2021). Recyclage des masques : le jeu en vaut-il la chandelle ? La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-04-07/recyclage-des-masques-le-jeu-en-vaut-il-la-chandelle.php#

Gagné, L. (2021). Un procédé de recyclage des masques jetables sème des doutes. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1751285/recyclage-masques-procedure-usage-unique-terracycle-doutes-recuperation-valorisation

Hannah (s.d.). Recycle : Painted saying [image en ligne]. Stockvault. https://www.stockvault.net/photo/106319/recycle

Léveillé, J.-T. (2021). Masques jetables. Sont-ils réellement recyclés? La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2021-03-15/masques-jetables/sont-ils-reellement-recycles.php

Léveillé, J.-T. (2021). Recyclage des masques. Une solution à l’essai en Estrie. La Presse. https://www.lapresse.ca/covid-19/2021-02-10/recyclage-des-masques/une-solution-a-l-essai-en-estrie.php

Léveillé, J.-T. (2021). Une solution québécoise boudée… au Québec. La Presse. https://plus.lapresse.ca/screens/e9bc077b-e284-447b-a5fa-0f898477a27b__7C___0.html?fbclid=IwAR2lXyvDhegG2w7TiVkl_qu-WrBR6_eNerrAcLYnDU3Ucx8oeLPMjvXPaWM

Radio-Canada. (2021). Le CIUSSS de l’Estrie lance un projet pilote pour récupérer ses masques chirurgicaux. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1769750/recyclage-recuperation-masques-chirurgicaux-ciusss-estrie-universite-sherbrooke

Recyc-Québec  (s.d.). Mieux Consommer. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/citoyens/mieux-consommer (Consulté le 30 mai 2021)

Recyc-Québec (2021, 22 avril). Entreprises offrant des services de récupération de masques et d’équipements de protection individuelle. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/liste-options-recuperation-EPI.pdf

Savary, J. (2021). Des masques recyclés par millions. La Voix de l’Est. https://www.lavoixdelest.ca/actualites/recycler-les-masques-a67612da42a4aaccc0d6fcb958470d2e