Cinq objets à réparer pour moins consommer

Quand on se met au zéro déchet, la première chose qu’on attaque est souvent la réduction des emballages des produits consommables, comme les aliments ou les produits d’entretien, car ils occupent beaucoup d’espace dans nos poubelles. Il peut être tout aussi pertinent, et dans certains cas plus facile, de porter notre attention sur les objets utilisés au quotidien. Même si on les remplace moins souvent, ceux-ci peuvent avoir une empreinte écologique totale plus importante sur leur cycle de vie, en raison de leur complexité et de la toxicité de certaines matières dont ils sont composés. Que ce soit une chaise, un ordinateur, un grille-pain ou une paire de bottes, maximiser la durée de vie de nos possessions réduira leur impact écologique tout en nous faisant économiser. Comment? En en prenant soin et en tentant de réparer les parties défectueuses avant de remplacer l’objet au complet.

Malheureusement, l’une des barrières à cette stratégie est l’obsolescence programmée. Il s’agit d’une technique employée par les entreprises pour faire en sorte que leurs produits soient d’une part fonctionnels sur une plus courte durée et d’autre part difficiles à réparer, afin de vendre plus d’exemplaires. On peut penser aux pièces de rechange soit quasi impossibles à trouver, soit aussi chères que l’objet entier neuf, ou bien aux appareils dont les parties sont collées ensemble pour les empêcher d’être démontées sans les briser. D’un autre côté, certains objets sont bon marché et faciles à se procurer. Alors, pourquoi faire l’effort de tenter de les réparer?

En effectuant quelques recherches ou en faisant preuve de créativité, on peut être surpris : la réparation n’est pas toujours si compliquée! Voici donc cinq exemples pour vous inspirer à redonner vie au prochain objet qui n’aura pas tout à fait rendu l’âme.

Le téléphone intelligent

Si le téléphone devient trop lent, il y a plusieurs choses à essayer avant de présumer qu’il est trop vieux pour supporter les nouvelles applications (quoique ça soit possible à cause de l’obsolescence programmée). On peut libérer de l’espace de mémoire, supprimer les applications inutilisées, ou faire une réinitialisation complète du système d’opération. Pour un bris physique, il existe une panoplie de ressources en ligne pour guider le remplacement étape par étape en fonction du modèle. Pour ceux qui sont plus prudents, il existe aussi plusieurs boutiques (par exemple iPhoenix) qui ont l’expertise pour vous conseiller, car la plupart des problèmes sont assez communs. Allez y faire un tour, vous pourriez être surpris des résultats!

Les écouteurs

Quand les écouteurs ne fonctionnent plus, la plupart du temps, c’est que le câble est usé à la jointure avec la prise jack. Si seulement on pouvait juste les recoller ensemble… et bien c’est possible. La mécanique est relativement simple : deux câbles de cuivre doivent toucher à la prise de métal pour que le courant circule. Il suffit de se procurer une nouvelle prise jack et de suivre un tutoriel pour remettre les bons fils au bon endroit. Certains tutoriels le font même avec de l’équipement commun comme du ruban adhésif d’électricien. Dans tous les cas, si vous n’avez pas les outils nécessaires, demandez au bricoleux.se de la famille, ou allez voir dans les bibliothèques d’outils publiques comme La Remise!

Le sèche-cheveux

Vous sortez de la douche, branchez votre sèche-cheveux, mais le courant ne passe plus. Pourquoi? Fort probablement qu’il s’agit d’un simple problème d’accumulation de poussière. Effectivement, le sèche-cheveux tire de l’air d’un côté pour l’expulser de l’autre. Se faisant, il ramasse petit à petit de la poussière qui peut finir par bloquer le mécanisme. Le même problème peut survenir avec toutes sortes d’objets électriques : cafetière, machine à coudre, console de jeux, etc. Ouvrir l’appareil, le nettoyer et vérifier si tout semble bien connecté peut faire des miracles avec un minimum d’efforts, zéro investissement requis.

Les vêtements

Perte de bouton, déchirure, ou tâche? La plupart du temps, les problèmes sont relativement mineurs et il est possible de les réparer sans que ça paraisse trop. Si on n’a pas de bouton de rechange, on peut tous les changer et ainsi obtenir une pièce personnalisée. Pour une déchirure, tant qu’elle n’est pas trop grosse, une aiguille et un peu de fil sont souvent suffisants. Même pas besoin d’une machine à coudre! Quand le problème est plus important, on peut laisser place à notre créativité pour transformer le vêtement. De nombreuses vidéos sont disponibles en ligne avec des exemples inspirants. Au pire, si le résultat n’est pas satisfaisant, on en fait des guenilles! Si la couture vous intimide, restez à l’affût de la programmation des conférences de l’Association québécoise Zéro Déchet – nous offrons un atelier récurrent dédié à ce sujet.

Les meubles

Malheureusement, aucun meuble ne demeure en parfait état éternellement. Bois endommagé? De nombreux produits sont disponibles sur le marché pour lui redonner une apparence neuve. Parfois, certains trucs simples sont tout aussi efficaces, comme remplir une fente en y frottant une noix de Grenoble! Canapé affaissé? Si les coussins sont amovibles et munis d’une fermeture éclair, on peut changer ou ajouter du rembourrage. Ni vu ni connu! Pour des opérations plus importantes, on peut confier nos biens à des professionnels, comme l’atelier La Repousse ou Les Gaspilleurs. Ces derniers sont à l’origine de la page Facebook Meubles abandonnés à Montréal où on peut partager la localisation de vieux meubles dans le but de leur trouver un nouveau propriétaire qui saura leur insuffler une nouvelle vie.

Bien entendu, nous avons tous des capacités manuelles différentes et un accès à des outils limités. On fait donc ce qu’on peut et on encourage les entreprises qui œuvrent dans le domaine ou ont des mécanismes de récupération et de reconditionnement dans leurs modèles d’affaires. Le secteur est de plus en plus populaire, avec des organisations comme Insertech qui en a fait son domaine d’expertise pour lutter contre la surconsommation de matériel électronique, ainsi que les ateliers de réparation comme Repair Café. Une mission que l’AQZD soutient à 100 %!

Par Caroline tremblay pour l’association québécoise zéro déchet

Quelques ressources à consulter pour vos projets de réparation :

  • iFixit –  Recueil de tutoriels pour réparer toutes sortes de choses.

  • Wikihow – On trouve de tout sur Wikihow, incluant des tutoriels de réparation.

  • Groupe Facebook « Touski s’répare » – Communauté de partage de trucs et astuces pour la réparation d’objets de tous genres.

  • Sans oublier les bons vieux Google et Youtube!

L’écoféminisme, parce que le patriarcat affecte aussi Mère Nature

Écofeminisme

Atteindre un monde réellement durable, c’est plus que préserver la qualité de l’environnement. C’est aussi relever les défis sociaux pour créer une société plus juste, car les deux combats sont souvent intimement reliés. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, nous souhaitons ainsi aborder le sujet de l’écoféminisme : comment les mouvements féministes et écologiques se rejoignent-ils, et pourquoi?

Débutons par une petite leçon d’histoire… Il est important de souligner que c’est dans les pays en voie de développement que le mouvement écoféministe a d’abord émergé dans les années 70. Le mouvement Chipko en Inde rurale en est devenu l’emblème : à la suite de l’élaboration d’un projet de développement devant abattre 12 000 km² de forêt, un groupe de femmes autochtones se sont mises à protester en enlaçant les arbres pour les protéger. Effectivement, le projet menaçait non seulement leurs terres ancestrales, mais également leurs moyens de subsistance, car elles dépendaient du bois pour se chauffer et pour fabriquer des objets artisanaux dont elles subsistaient.

Femmes
Crédit photo : India Today

Dans cet événement comme dans bien d’autres, les besoins des femmes (particulièrement des femmes autochtones) ont été ignorés par les personnes au pouvoir, un pouvoir fondé dans une culture patriarcale et colonialiste. D’autre part, les femmes sont statistiquement plus touchées par les conséquences de la dégradation environnementale : 

  • étant moins bien rémunérées à travail égal, elles sont plus vulnérables face aux différentes crises ; 

  • elles souffrent davantage lors des catastrophes naturelles, car la division du travail les mène souvent au front pour aider les autres ; 

  • étant souvent chargées d’approvisionner leur famille en nourriture et en eau, les sécheresses rendent ces tâches encore plus difficiles.

Quand on ajoute à cela d’autres formes d’oppression comme celles liées au racisme ou à la transphobie, les femmes tendent à avoir encore moins de ressources pour faire face aux défis environnementaux. Ceci est vrai partout, même chez nous au Québec. On peut penser à l’accès à l’air climatisé lors de canicules, à l’accès à des aliments sains et locaux et même l’accès au zéro déchet, qui sont souvent réservés aux classes plus aisées.

On ne peut se le cacher, les choix plus écologiques coûtent en moyenne plus cher. Pourtant, les femmes sont surreprésentées dans le mouvement écologique – c’est le cas même à l’Association québécoise Zéro Déchet où 79 % des membres sont des femmes! Il existe une pression sociale plus forte sur les femmes de se soucier de l’environnement et de l’avenir de leurs enfants (qu’elles en aient, en veuillent, ou pas) qu’elle ne l’est chez les hommes. Ce souci vient s’ajouter à la charge mentale, concept qui met en évidence que, même si les tâches ménagères sont réparties équitablement dans un couple cisgenre et hétérosexuel, c’est habituellement la femme qui récolte les tâches psychologiques de planification et de décisions qui affectent le foyer. Certaines femmes voudraient bien faire pour la planète, mais si leur statut socio-économique ne le permet pas, elles peuvent être critiquées de vouloir prioriser leur propre survie. Alors qu’en réalité, c’est plutôt le fameux patriarcat qui est à la source des problèmes environnementaux. 

Écoféminisme
Crédit photo : Rodion Kutsaev

Concrètement, quelles sont les solutions? D’abord et avant tout, il faut donner plus de place aux femmes dans les positions de pouvoir, particulièrement aux femmes appartenant aux communautés minoritaires. Cet enjeu est non seulement crucial pour obtenir une société plus juste et équitable, mais d’un point de vue environnemental, les femmes accordent en moyenne plus d’importance aux enjeux environnementaux. Comme mentionné plus haut, les femmes mènent les mouvements écoresponsables dans leur implication quotidienne. Dans de nombreuses communautés autochtones, elles sont les gardiennes du savoir ancestral sur les ressources naturelles (Gournay, 2020). Dans ces deux exemples, elles demeurent sous-représentées dans la prise de décision en milieu politique ou entrepreneurial.

Deuxièmement, il faut se défaire des stéréotypes de genre. En particulier, la société patriarcale impose des codes sociaux selon le genre, selon lesquels la masculinité est typiquement construite autour de l’image de l’homme viril et fort qui, au Québec par exemple, conduit son gros pick-up et mange son steak tous les jours – bref, des activités caricaturales pas très écologiques! Si on veut adapter notre société au contexte du changement climatique, il est nécessaire de déconstruire ces faux idéaux pour que tout le monde soit interpellé équitablement à faire sa juste part.

En conclusion, qui que vous soyez et quel que soit votre genre, soyez ouvert.e.s à apprendre et discuter d’écoféminisme. Il s’agit d’un mouvement imparfait avec une histoire complexe, de multiples branches et avis divergents que nous n’avons pas pu aborder dans cette courte présentation, mais c’est une cause qui n’en demeure pas moins importante. Le patriarcat peut parfois sembler un peu abstrait comme ennemi ; effectivement, on lutte essentiellement contre les normes sociales. Les conséquences sont tangibles et certaines solutions le sont aussi : faire un don ou du bénévolat pour des organismes qui se mobilisent autour de ces enjeux, acheter chez des entreprises appartenant à des femmes et / ou personnes issues de minorités, déconstruire les stéréotypes de genre par nos gestes quotidiens… Bref, tout comme le zéro déchet, il s’agit en partie d’adapter nos modes de vie, un geste à la fois!

Par Caroline Tremblay pour l’association québécoise zéro déchet

Sources :

Gournay, Amandine (2020). « Écoféminisme et voix autochtones dans la lutte aux changements climatiques », Le Climatoscope, numéro 2. https://climatoscope.ca/article/ecofeminisme-et-voix-autochtones-dans-la-lutte-aux-changements-climatiques/

Gournay, Amandine (2019). « Écoféminisme et voix autochtones : perspectives dans un contexte d’adaptation aux changements climatiques », essai présenté au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable, Université de Sherbrooke. https://savoirs.usherbrooke.ca/bitstream/handle/11143/16066/Gournay_Amandine_MEnv_2019.pdf?sequence=1&isAllowed=y 

Hunt, Elle (2020). « The eco gender gap: why is saving the planet seen as women’s work? », The Guardian, https://www.theguardian.com/environment/2020/feb/06/eco-gender-gap-why-saving-planet-seen-womens-work

Rochette, Annie, Sophie Gramme et Florence Lavigue Le Buis. « L’intégration du genre dans la lutte aux changements climatiques au Québec », UQAM en partenariat avec le Réseau des femmes en environnement. https://www.rqfe.org/sites/rqfe.org/files/u1260/Rapport%20final.Genre-ch.clim_.pdf

L’éco-minimalisme : plus qu’une tendance esthétique

Friperie

Quelle est la première image qui vous vient en tête quand vous pensez au minimalisme? Pour beaucoup de gens, ce sera un micro-logement épuré, avec quelques plantes et peu d’encombrement, un garde-manger avec de jolis bocaux en verre, un style moderne-chic au naturel… Du moins, c’est ce que Google nous montre! En fait, il y a plusieurs façons d’interpréter le minimalisme ; tout en conservant le concept du moins, c’est plus.

Malheureusement, certains stéréotypes nommés plus hauts contribuent à une vision plutôt restreinte de la philosophie minimaliste qu’encourage le zéro déchet : inaccessible, valorisation de l’esthétisme avant tout, réservé à une classe sociale aisée, mise aux ordures de biens en bon état… En réponse, certaines personnes préfèrent maintenant se décrire comme « éco-minimalistes ».

Stéréotype vs réalité
À gauche, une photo Unsplash et à droite, une photo prise dans le garde manger de notre rédactrice

Qu’est-ce que l’éco-minimalisme et quelles sont les différences avec le minimalisme typique?

Être éco-minimaliste, ça veut simplement dire qu’on pratique le minimalisme pour des raisons écologiques. Quand on achète un produit, on contribue à créer de la demande et donc la production est ajustée pour répondre à cette demande, et vice-versa. En d’autres mots, en pratiquant le minimalisme, et donc en réduisant notre consommation, on réduit notre empreinte environnementale par la minimisation des ressources qu’on extrait de la planète. 

Au lieu de chercher strictement à désencombrer son espace, un éco-minimaliste cherche plutôt à valoriser ce qu’il ou elle possède déjà.

 

 La philosophie derrière le mouvement

Être éco-minimaliste, c’est réduire sa consommation, mais c’est aussi utiliser ce qu’on possède jusqu’à sa fin de vie, déterminer ce qui apporte de la valeur dans nos vies et disposer de ce dont on ne se sert pas de manière responsable.

 

QU'est-ce que j'ai chez moi?

Soyons réalistes : personne n’est né minimaliste ou zéro déchet! On possède tous des choses plus ou moins utiles. Avec la montée en popularité du mouvement zéro déchet, de plus en plus d’entreprises proposent des produits fabriqués de façon écoresponsable et dont l’apparence simple et intemporelle s’agence bien avec l’esthétique minimaliste. Ça peut être tentant d’acheter!

Par contre, en tant qu’éco-minimaliste, on refuse de suivre les tendances, pour plutôt privilégier ce qui existe déjà. Par exemple, au lieu d’acheter de jolis pots Mason pour faire des courses en vrac, on peut réutiliser nombre de contenants qui auraient autrement fini dans le bac de recyclage ou d’ordures : pot de sauce à spaghetti, contenant à margarine, bouteille de vinaigre… Même le plastique peut être réutilisé!

D’un autre côté, il ne faut pas nécessairement chercher à désencombrer au maximum ; ce qu’on possède peut parfois réellement servir plus tard. Si l’idée d’une micro garde-robe ne vous attire pas, il n’y a aucune obligation à ne conserver qu’une ou deux paires de chaussures comme le font certains minimalistes. On finit toujours par les user au bout de quelques années, donc d’un point de vue écologique, il peut être plus approprié de garder celles qu’on possède déjà, que de s’en débarrasser pour en acheter de nouvelles plus tard.

Qu'est-ce qui apporte de la valeur dans ma vie?

Cette réflexion peut être un bon tremplin vers le minimalisme car elle permet d’éviter les achats impulsifs. Sous l’optique de l’éco-minimalisme, il n’y a pas de culpabilité à avoir à conserver ce qui nous apporte du bonheur, que ce soit un élément de décor qui nous plaît fait en plastique ou un t-shirt d’une marque « fast fashion ».

L’idée, c’est plutôt d’éviter autant que possible d’amener de nouvelles choses non valorisées (pour leur utilité ou le plaisir) dans nos maisons, même si elles sont « écoresponsables ». Un truc peut être de se donner une période fixe d’attente avant de faire un achat ; si on l’a toujours en tête après ce temps, alors, c’est qu’on va probablement s’en servir. Bien entendu, on fait tous des erreurs en cours de chemin: le marketing joue contre nous. Comme Anne-Marie Bonneau de Zero-Waste Chef l’a si bien dit : « Nous n’avons pas besoin d’un petit groupe de personnes qui pratiquent le zéro déchet parfaitement. Nous avons besoin de millions de gens qui y aspirent de manière imparfaite. »

Comment disposer de ce dont je ne veux plus?

Après un certain moment, on finit tous par avoir besoin de faire un bon ménage. Même si une paire de jeans nous va toujours et se trouve en bon état, peut-être qu’on ne l’aime plus et qu’on ne la porte plus. C’est normal et c’est correct! Il existe toutes sortes de façons de lui donner une seconde vie. Le but, c’est de passer au suivant ce qui n’a plus sa place chez nous (ou, au moins, d’essayer).

Le plus facile, c’est de faire des dons à des friperies ou autres organismes. Cependant, à cause de la montée de la surconsommation d’année en année, la population donne aussi de plus en plus, et ces organismes se retrouvent parfois surchargés de dons qu’ils ne peuvent pas physiquement trier et stocker. Une partie finit malencontreusement au dépotoir. Attention aux entreprises qui disent reprendre les vêtements usagés pour les recycler! Il est présentement illégal au Québec d’utiliser des fibres usagées dans des produits qui se rapprochent du corps humain (Loi sur les matériaux de rembourrage et les articles rembourrés), donc quasi-impossible de trouver des acheteurs pour la fibre recyclée.3 Pour ces raisons, il vaut mieux privilégier les dons aux petits organismes locaux et de réinsertion sociale, s’ils sont accessibles, et surtout éviter de laisser des dons à l’extérieur de bacs déjà pleins.

Avant même de donner à un organisme, il est bien d’essayer de trouver preneur soi-même. De cette façon, on s’assure que la personne qui récupère le bien l’utilisera. Que ce soit par des sites comme Kijiji ou Facebook, lors d’événements d’échange publics ou entre amis, ou par une vente de garage, plusieurs options existent.

Utopia By Cho
Canne d'aluminium comme pot de fleurs

Faire la transition

Contrairement au minimalisme strict sur-représenté dans les médias, faire une transition vers ce mode de vie n’est pas nécessairement difficile : c’est un cheminement graduel. Si vous sentez le besoin d’un bon ménage de désencombrement, allez-y! Dans une perspective éco-minimaliste, ce n’est pas un pré-requis. Il ne faut pas chercher à repartir à neuf mais plutôt à réemployer ce qu’on possède déjà et réduire notre consommation. La transition est donc une période de réflexion et d’ajustement, le développement de nouveaux réflexes, et non pas un changement de décor complet. 

En suivant cette méthode, on ne devient peut-être pas très « instagrammable ». Après, il n’y a rien de mal à vouloir un beau logement esthétique non plus. Il y a toujours moyen de chercher seconde-main sur des sites web, applications ou groupes Facebook. Il ne faut juste pas le voir comme une nécessité ou un blocage dans une démarche minimaliste et zéro-déchet. On ne propose rien de révolutionnaire non plus : peu importe votre niveau d’expérience, probablement que vous appliquez déjà plusieurs des concepts éco-minimalistes dans votre vie, pour toutes sortes de raisons tout aussi valables.

L’intention est principalement de poser un regard critique sur nos habitudes car sur une planète où les ressources ne sont pas renouvelables à l’infini, on ne peut pas accumuler toujours plus de possessions. À la place, on peut réapprendre à se contenter de ce qui compte le plus, quand on peut se le permettre bien entendu. Au final, vous verrez qu’en plus d’être bon pour l’environnement, ce changement sera aussi bon pour votre portefeuille!

Caroline Tremblay pour l’Association québécoise Zéro Déchet

Plastiques invisibles : comment réduire nos déchets à la source?

Bandeau plastiques invisbles

Réduire la quantité de plastiques qu’on jette dans nos poubelles, c’est valorisant: on voit les résultats directs de notre démarche zéro déchet. Il existe aussi toute une panoplie de déchets plastiques dans le monde qui n’atterrissent jamais dans nos bacs d’ordures, mais qui sont tout aussi problématiques: les fameux déchets invisibles.

Un déchet invisible, ça peut être plein de choses: des microplastiques, des objets envoyés au recyclage mais non recyclés, les déchets produits par les entreprises…

Évidemment, une grande partie de la responsabilité des déchets qui sont produits tant après-vente qu’avant-vente remonte aux compagnies qui les fabriquent. Il y a quand même plusieurs réflexions et actions qu’on peut entreprendre en tant que citoyens et consommateurs dans un effort de diminuer la création de ces plastiques invisibles. Voici quelques suggestions:

 

Solutions: quelle démarche peut-on entreprendre comme individu?

 

1. Réduire notre consommation.

Si un objet ne nous apporte ni utilité ni bonheur, en ne l’achetant pas, on contribue non seulement à la diminution de nos déchets personnels, mais le producteur révisera également sa production à la baisse si ses ventes diminuent.

2. Réutiliser en achetant seconde-main.

Pas seulement pour les vêtements, mais aussi pour nos meubles, jeux et jouets, outils, quoi que ce soit qui est réutilisable. On évite ainsi tous les déchets de production et une bonne partie des déchets logistiques, et encore davantage si on récupère le bien soi-même.

3. Acheter local. 

On a bien parlé des avantages socio-économiques de l’achat local dans les médias récemment, mais acheter local permet également de diminuer les distances de transport, réduisant ainsi les risques de pertes et de bris, mais aussi de diminuer la surproduction car le réapprovisionnement de dernière minute est plus facile. Bien entendu, beaucoup de produits faits au Québec sont fabriqués à partir de matériaux importés, mais il en vaut toujours mieux qu’un équivalent assemblé en Chine.

4. Se questionner pour éviter le “greenwashing”.

Même si un commerçant propose une collection d’accessoires “zéro déchet”, on peut repérer le greenwashing en analysant ses standards habituels: Est-ce qu’il tient un vaste inventaire sur ses tablettes? Est-ce qu’il change son répertoire à haute fréquence? Est-ce qu’il fait beaucoup de soldes à des prix incroyables? Est-ce que la majorité de ses produits sont fabriqués outremer? Si la réponse à toutes ses questions est oui, il est peu probable que l’entreprise tienne compte des déchets qu’elle génère à la source.

5. Soutenir les petites entreprises écoresponsables (quand on en a l’option). 

Votez avec vos dollars! Une entreprise qui est certifiée B,1% for the Planet et/ou Ecocert par exemple, démontre qu’elle est engagée à diminuer son impact sur l’environnement à tous les niveaux, incluant la réduction de ses déchets internes. Même chose pour une épicerie zéro déchet: on peut avoir confiance que les fournisseurs sont sélectionnés minutieusement pour réduire les déchets non seulement chez leurs clients, mais aussi à la source, tandis qu’une chaîne qui offre quelques produits en vrac mais sans démontrer de souci écologique, n’aura peut-être pas fait cet exercice. Faites des recherches: une entreprise zéro déchet ou écoresponsable aura tendance à être davantage transparente et à avoir des pages dédiées à ses valeurs et sa responsabilité sociale sur sa page web.

6. S’informer et en parler.

Les entreprises, même les plus grandes, sont plus à l’écoute de leur clientèle qu’on ne peut le croire. On a bien vu avec la montée en popularité du mouvement zéro déchet, que plus d’options sans emballage sont maintenant disponibles qu’il y a dix ans. Si on garde le sujet d’actualité, qu’on discute davantage des déchets invisibles, et qu’on devient plus exigeants en tant que consommateurs, les corporations verront un intérêt à revoir leurs pratiques afin de conserver leur clientèle. On peut leur écrire directement pour demander une meilleure transparence, mais on peut aussi en discuter avec notre entourage; le bouche à oreille peut se rendre loin!

 

 

La gestion des plastiques des chaînes de production et de logistique

Les chaînes d’approvisionnement modernes sont si complexes et peu transparentes qu’il est quasi impossible de retracer l’entièreté du cycle de vie de nos achats. Ayant travaillé pendant quelques années dans les départements d’achat de grandes chaînes, j’ai pu avoir une certaine vision des déchets créés avant la vente, et c’est donc ce qui sera abordé dans ce billet. 

Pour réduire notre consommation de plastiques dans son entièreté, il est important de comprendre d’où viennent nos biens, comment ils ont été créés, et comment ils ont été livrés jusqu’à nous. Voici donc un bref aperçu de la première partie du cycle de vie des produits qu’on utilise dans notre quotidien, et des pistes de solutions pour éviter les plastiques invisibles qui en découlent.


Dans la chaîne de production

Évidemment, tout produit manufacturé commence par des matières premières. Plusieurs ressources peuvent être nécessaires pour d’abord les extraire de l’environnement. Dépendant de la complexité du produit final, les matières doivent aussi passer par plusieurs étapes de transformation (parfois donc plusieurs usines dans divers pays) avant d’être assemblées, chacune produisant sa dose de résidus et de transport. Quand on parle de déchets de transport, ce n’est donc pas seulement pour le produit final, mais pour chaque pièce qui se rend à la ligne d’assemblage. 

Une pratique qui génère beaucoup de gaspillage est la surproduction. Vous avez peut-être entendu parler du phénomène chez les épiceries, où les tablettes sont surchargées pour l’attrait visuel, même si tout ne sera pas vendu. Ceci s’applique malheureusement aussi aux produits à base de plastique. Quand les détaillants passent leurs commandes, surtout pour les biens fabriqués à faible coût, ils peuvent choisir de surproduire car:

  • Même si tout n’est pas vendu, les coûts de production sont si bas que la marge de profit en est à peine affectée;
  • La qualité est basse et on s’attend à ce qu’une partie de la production soit défectueuse et invendable (parfois un lot doit être remanufacturé partiellement ou entièrement si un élément comme la qualité d’impression ou le poids est non conforme, et donc le lot original est mis directement au rebut); 
  • Même si le produit est fragile et a un taux de casse élevé, il coûte souvent moins cher d’en commander plus que d’augmenter la protection pour le transport.

Quand un détaillant lance un nouveau produit sur le marché, il y a toujours un risque que les ventes soient moins bonnes que prévu et de se retrouver avec un surplus d’inventaire. Ceci est particulièrement vrai pour les produits saisonniers, mais même dans le cas d’un produit permanent, si les ventes ne sont pas satisfaisantes, un commerçant peut décider de mettre les restes au rebut après un certain temps afin de libérer de l’espace.


Dans la chaîne logistique

Quand on pense au transport de marchandise, on pense à des boîtes de carton et des conteneurs. Cependant, une quantité considérable de plastique est également impliquée, même pour des produits vendus en vrac. Effectivement, beaucoup de produits peuvent être emballés individuellement dans des sacs de plastique afin de les protéger dans le transport. Parfois on va jusqu’à emballer les emballages, car même si le produit en soi est en bon état, si l’emballage est abîmé, on n’arrivera pas à le vendre. Pour se protéger, et puisque les sacs ne coûtent presque rien, les usines préfèrent suremballer que de risquer des demandes de remboursement de la part du client.

D’un autre côté, saviez-vous que les conteneurs peuvent tomber en mer? Effectivement, selon le World Shipping Council, en moyenne 1582 conteneurs sont ainsi perdus chaque année. Certains finissent par s’ouvrir et leur contenu se fait emporter sur des milliers de kilomètres, comme illustré par le fameux déversement de Lego, incident datant de 1997 qui a libéré des millions de pièces de Lego qui continuent jusqu’à aujourd’hui de s’amasser sur les plages de Cornwall en Grande-Bretagne, le plastique toujours en parfait état. 

Bien évidemment, tout ceci ne fait qu’un tour sommaire de certains déchets invisibles, et il n’a pas été question d’autres enjeux comme les gaz à effet de serre émis dans la chaîne d’approvisionnement. Même si c’est est moins évident, la réduction des déchets à la source est cruciale pour atteindre nos objectifs en matière d’environnement; si vous voulez en apprendre davantage, je recommande fortement de consulter les documentaires de The Story of Stuff. 

Finalement, rappelons-nous qu’on n’a pas le contrôle sur tout. On fait tous de notre mieux avec ce qui nous est disponible. L’important, c’est d’apprendre à se poser les bonnes questions avant de consommer, même pour les produits “sans plastique”. Oui, il est possible de changer notre façon de voir les choses, et une fois que c’est fait, vous verrez qu’il est beaucoup plus facile de changer nos habitudes de consommation pour le mieux, et ainsi réduire tous nos plastiques, même ceux qu’on ne voit pas!

Caroline Tremblay pour l’Association québécoise Zéro Déchet

 

Sources :

Hards, S. (2020, 14 février). Millions of Lego pieces lost 23 years ago are still washing up in Cornwall today. Cornwall Livehttps://www.cornwalllive.com/news/cornwall-news/millions-lego-pieces-lost-sea-3843766

Leonard, A., Fox, L., et Sachs, J. (2007). The Story of Stuff. Tides Foundation et Funders Workgroup for Sustainable Production and Consumption. https://www.storyofstuff.org/movies/story-of-stuff/

World Shipping Council. (2017). Containers Lost at Sea – 2017 Update. http://www.worldshipping.org/industry-issues/safety/Containers_Lost_at_Sea_-_2017_Update_FINAL_July_10.pdf

@Chutternap, Unsplash, https://unsplash.com/photos/BNBA1h-NgdY

 

Se mettre en forme à la maison, sans créer de déchets

Yoga

Quand les gyms ont dû fermer leurs portes à cause de la COVID-19, comme beaucoup, je me suis retrouvée un peu chamboulée; sans être une grande adepte de sport, j’ai l’habitude d’y aller deux fois par semaine pour garder la forme. La première chose qui m’est venue en tête: vais-je devoir acheter de l’équipement pour me maintenir en forme? Pourtant, s’il y a bien un message que le zéro déchet m’a appris, c’est de réduire et réutiliser, et non d’acheter des produits neufs pour un usage temporaire.  C’est donc ce que je veux partager aujourd’hui: confinement ou pas, il est possible de se mettre en forme à la maison tout en étant zéro déchet. Il suffit de faire preuve d’un peu de créativité et de flexibilité! Voici quelques idées pour vous inspirer.

  • Vêtements et chaussures

Avec la montée en popularité du style « athleisure », il est tentant de s’acheter de beaux ensembles de vêtements sportifs bien assortis. Après tout, si ça vous aide à vous sentir bien dans votre peau et vous pousse à vous entraîner plus fréquemment, faites-le; mais pensez à chercher des articles de seconde-main dans les friperies ou en ligne. Il existe également plusieurs marques spécialisées qui sont écologiques et parfois même faites ici au Québec (nous vous en présenterons une, d’ailleurs, dans notre prochain billet)! Sinon, fouillez d’abord dans votre garde-robe. Pour ma part, je n’avais pas de manteau pour aller faire du jogging dehors. Quand les gyms ont fermé en mars, ça ne m’a pas arrêtée: par-dessus mes vêtements de gym, je portais un vieux coton ouaté et un léger coupe-vent. Un ensemble un peu toutes les couleurs et pas très sexy, mais suffisamment confortable et chaud pour cette activité. Après tout, c’est ce qui compte: être bien!

  • Équipement et machines

Premièrement, il existe une plénitude de vidéos en ligne qui présentent des entraînements pour lesquels aucun équipement spécifique n’est nécessaire: yoga, power cardio, danse, kick boxing… Il y en a pour tous les goûts! Souvent, peu d’espace est requis; j’arrive très bien à les suivre dans le salon de mon appartement montréalais.  Au gym, on a accès à toutes sortes d’équipements: tapis roulants, machines de musculation, haltères, etc. Alors, comment recréer l’expérience chez soi? Une fois encore, la créativité est de mise pour s’inventer quelques machines et accessoires.

Si vous trouvez des routines où des haltères ou élastiques sont nécessaires, ce n’est pas impossible quand on n’en possède pas. Par exemple, pour des poids d’environ une à trois livres, on peut très bien utiliser n’importe quel objet d’un certain poids, qui se tient bien dans les mains, comme une bouteille d’eau réutilisable bien remplie ou même une boîte de conserve. Pour remplacer une bande élastique, j’ai trouvé dans mes tiroirs une vieille paire de collants trouée. Profitez-en pour donner une deuxième vie à certains objets, tout en vous permettant de ne pas sacrifier certains exercices. 

  • Autres conseils

Il existe d’autres aspects d’une routine de mise en forme où on peut appliquer les principes du zéro déchet: l’alimentation, l’hydratation, les soins du corps. Je n’entrerai pas dans tous les détails car l’alimentation et les produits pour le corps font partie d’une discussion à part entière, mais voici quelques suggestions qui touchent fréquemment l’activité sportive.    Hydratation: Évidemment, on emploie une bouteille d’eau réutilisable.   Déodorant: Il existe plusieurs alternatives : on peut en faire maison ou s’en procurer en vrac dans certaines boutiques écologiques. Les formules sont un peu différentes. Tout ne plait pas à tout le monde et c’est bien correct! Si vous n’êtes pas prêts à faire ce saut, commencez par un simple déodorant naturel, plus facile à trouver en pharmacie.   Lavage: Comme la plupart des vêtements de sport sont fabriqués de fibres synthétiques, quand on les lave, des microfibres plastiques se retrouvent inévitablement dans nos égouts. Il existe des filtres à laveuse pour les capturer, mais si vous n’en avez pas, essayez simplement de minimiser les lavages: si le vêtement n’est pas sale et ne dégage pas de mauvaise odeur, il peut très bien être porté une deuxième ou troisième fois. 

Ces solutions ne sont pas toujours aussi optimales que des équipements professionnels, donc assurez-vous de faire des choix sécuritaires. Pour une utilisation sérieuse à long terme, il n’y a pas de mal à s’acheter de l’équipement de qualité, mais si, comme moi, vous cherchez une solution temporaire et zéro déchet, j’espère que ces quelques idées vous auront inspirés. Amusez-vous et n’hésitez pas à partager vos expériences de mise en forme zéro déchet avec nous!

 

Caroline Tremblay, pour l’Association québécoise Zéro Déchet