Je récupère, tu récupères, ils recyclent

Remplir son bac de récupération chaque semaine, est-ce un bon geste pour la planète ? La réponse est oui, avec plusieurs nuances. La récupération des articles recyclables contribue à réduire notre empreinte écologique, mais seulement lorsque toutes les autres options ont été considérées. Voyons voir …

Commençons par un peu de sémantique ! Le geste que nous posons à la maison est la récupération de déchets potentiellement recyclables, qui sont collectés puis acheminés vers un centre de tri. Le recyclage, quant à lui, désigne le processus de transformation de la matière récupérée, pour l’insérer dans un nouveau cycle de production, en remplacement de nouvelle matière.

Considérons le cycle de vie des objets

L’article recyclé ne se retrouvera pas dans un site d’enfouissement à la fin de sa vie utile.  Considérant que ces immenses dépotoirs émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre et menacent l’équilibre des nappes phréatiques, félicitons-nous pour chaque article détourné, d’autant plus que ces sites débordent présentement et que l’on déboise des acres de forêt pour les agrandir.

Cependant, les objets que l’on achète ont déjà produit une grande quantité de déchets de toutes sortes avant de se rendre jusqu’à nous, lors de procédés d’extraction de matière première, de transformation et d’assemblage, ainsi que pour la production des emballages et le transport. Le déchet ultime, si petit soit-il, recyclé, composté ou non, n’est que la pointe de l’iceberg de l’empreinte écologique de l’objet. Alors, avant de déposer quoi que ce soit au bac, demandez-vous, pourrais-je le réparer, le réutiliser ou lui donner une nouvelle fonction ? Les nouveaux objets fabriqués à partir de matières recyclées ont quant à eux une empreinte écologique réduite, mais pas nulle. Bien qu’on diminue la quantité de ressources naturelles extraites, les procédés de recyclage sont énergivores et nécessitent souvent un intrant de matière nouvelle, comme du pétrole, dans le cas du plastique recyclé. En outre, les autres étapes du cycle de vie, comme l’emballage et le transport, ne sont pas éliminées, émettant chacune des résidus et des polluants.

C’est pourquoi réduire notre consommation, éviter les articles à usage unique, privilégier l’achat de seconde main, l’emprunt ou la location demeurent les gestes ayant le plus grand impact pour protéger la biodiversité et le climat.

Récupérons PLus

Au Québec, environ la moitié des déchets domestiques recyclables sont finalement recyclés. Une part importante n’est simplement pas mise au bac par les citoyens et citoyennes, qui jettent à la poubelle plus du tiers de ce qui pourrait être récupéré. Une plus faible portion est attribuable à des matières rejetées au tri, ou ne trouvant pas preneurs chez les recycleurs.

Or, la situation n’est guère plus reluisante du côté des industries, commerces et institutions (les ICI). Leurs rebuts sont souvent envoyés pêle-mêle directement aux sites d’enfouissement parce que jeter coûte moins cher que trier. Malheureusement, les débouchés du recyclage n’atteignent pas encore un taux de rentabilité suffisant pour renverser l’équation. 

Militons pour une réglementation plus sévère et la mise en place d’incitatifs financiers favorisant la réutilisation et le recyclage ! Ça existe ailleurs et ça fonctionne. Récupérons tout ce qui se recycle, dans le bac et à l’écocentre. Privilégions l’achat de produits fabriqués à partir de matières recyclées et provenant de l’économie circulaire. Toutefois, assurons-nous de bien hiérarchiser les « R » du zéro déchet : Réduire, réutiliser, réemployer, réparer, avant de recycler !

Récupérons Mieux

Par ailleurs, il est important de bien récupérer et d’assurer la salubrité des matières, pour maintenir les coûts d’opérations de triage bas et par respect pour les personnes qui travaillent dans les centres de tri. Comme le chante Alaclair Ensemble dans sa vidéo ludique Mets du respect dans ton bac : « métal, verre, plastique, carton, papier, that’s it ! ». De même, ces matières doivent se présenter sous la forme d’emballages, de contenants, ou d’imprimés. 

Ainsi, les essuie-tout, les mouchoirs et les boîtes de pizza souillées ne vont pas dans le bac de récupération, ils sont compostables. De plus, une bonne vieille guenille nettoie encore mieux les dégâts qu’un essuie-tout et une serviette à main réutilisable peut facilement remplacer les jetables. Les couches et les produits d’hygiène féminine vont aux poubelles, mais il existe de très bonnes options réutilisables. Bon à savoir, on enlève le sac ciré à l’intérieur de la boîte de céréales avant de la mettre au bac, de même que les compartiments intérieurs des paquets de biscuits. D’ailleurs, ceux-ci font d’excellents classeurs à bijoux dans un tiroir!

De même, on ne place pas au bac les jouets, les pelles, le bois, les bombonnes de propane, ni les électroménagers ! Les piles, les médicaments, les batteries, les ampoules, les stylos et les masques jetables non plus. Ce qui ne veut pas dire que ces objets ne sont pas recyclables ! Il faut toutefois les apporter aux bons endroits: dans les pharmacies, chez Bureau en gros, à votre municipalité ou à l’écocentre près de chez vous. Dans le doute, l’application Ça va où ? de Recyc-Québec vous indiquera comment vous débarrasser de vos articles. Votre municipalité est également une source d’information fiable.

Donnons une deuxième vie

Néanmoins, la meilleure option pour se départir d’un bien est de le vendre ou le donner. Plusieurs organismes collectent les meubles, les vélos, les équipements électroniques, les vêtements et plusieurs autres biens usagés. Certains viennent même les cueillir chez vous. Vous pouvez aussi les annoncer dans la section pour les articles gratuits dans Kijiji ou Marketplace. Découverte: devenez membre du groupe Buy Nothing de votre ville, et annoncez vos articles à donner dans votre communauté ! Vous serez surpris de voir qu’il y a preneur ou preneuse pour presque tout. Donner une deuxième vie à un objet réduit de moitié son empreinte écologique, en évitant l’achat d’un objet neuf.
LES PLASTIQUES
  • Les plastiques recyclables sont ceux qui portent le ruban de Möbius avec les numéros 1, 2, 3, 4, 5 et certains numéro 7. Cette dernière catégorie regroupe les plastiques non classifiables; certains sont recyclables, d’autres non. Les numéros sont les mêmes pour les bouchons, et s’ils sont composés de la même matière, on les laisse sur le contenant; sinon on les retire. Saviez-vous que faire un sac de sacs plastique dans votre bac de récupération facilite le travail des trieurs et trieuses ?
 
  • Les plastiques numéro 6 (polystyrène) sont aussi recyclables, mais pas dans le bac. Accumulez-les, puis informez-vous des collectes spéciales auprès de votre municipalité ou apportez-les lors de votre prochaine visite à l’écocentre.
 
  • Les sacs et contenants de plastiques biodégradables ou compostables ne sont pas recyclables et, au contraire, ils contaminent ceux qui le sont. Vous serez surpris d’apprendre que ceux-ci ne doivent pas non plus être mis au compost. La plupart de nos installations ne peuvent les traiter, leur temps de décomposition étant trop long par rapport aux matières organiques. Malheureusement, ceux-ci doivent être mis à la poubelle.
 
LA CONSIGNE

  • Les bouteilles de bière brunes consignées sont nettoyées et remplies à nouveau. On parle alors de réutilisation, qui est une meilleure option que le recyclage.
 
  • Les autres types de verre, clairs ou de couleur, consignés ou mis au bac, sont broyés, puis soit fondus pour refaire du verre ou utilisés pour remplacer le sable pour plusieurs usages.
 
  • Les canettes d’aluminium mises au bac seront recyclées, tout comme si on les rapporte à la consigne, et le 5¢ sera alors remis au centre de tri. Il est bon de savoir que l’aluminium se recycle presque à l’infini, contrairement au plastique qui perd de ses propriétés à chaque cycle de recyclage.

Tout compte fait, récupérer et recycler, c’est bien. Réduire, réutiliser, réemployer, réparer, vendre et donner, c’est encore mieux ! Souvenez-vous, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas !

Par nathalie ainsley pour l’association québécoise zéro déchet
Sources:  Recyc-Québec. (2020) Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec, Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec (gouv.qc.ca)

Association québécoise Zéro déchet. (2021) Mémoire déposé au BAPE sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes.  MÉMOIRE

Éco-entreprise Québec. (s.d.). Bac-à-Bac, une série sur l’avenir de la collecte sélective. Bac-à-Bac – Éco Entreprises Québec (eeq.ca)

Recyc-Québec. (s.d.)  RECYC-QUÉBEC – Accueil (gouv.qc.ca)

Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. (s.d.) FCQGED – Salle de presse | Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (wordpress.com)

Tricentris. (s.d.) Tricentris | Centre de tri