Local, bio, en vrac… quoi choisir pour réduire l’empreinte écologique de son panier d’épicerie?

Est-ce qu’une tomate de culture biologique du Mexique est un choix plus vert qu’une tomate de serre non bio du Québec? Pour trouver une juste réponse, il faudrait pouvoir comparer le nombre de kilomètres parcourus, le type et la quantité d’énergie requise pour la culture, la quantité d’eau, les engrais et pesticides utilisés, et considérer en plus toutes les ressources nécessaires à l’emballage (pétrole, eau, transport, etc.) C’est bigrement complexe!

Essayons plutôt de mieux comprendre l’impact des différentes options offertes afin de faire des choix éclairés qui nous ressemblent.

Biologique

C’est quoi?

Ce mode de production agricole est naturel et n’utilise aucun produit de synthèse, comme les pesticides chimiques, fertilisants artificiels ou hormones de croissance, ni d’OGM.  Les certifications sont sévères et fiables. Acheter bio fait une réelle différence, considérant les effets dévastateurs des pesticides sur les insectes (dont les abeilles), les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques, en plus de la dangerosité probante sur la santé des humains. Cher le biologique? Pas tant que ça, considérant que les producteurs bio doivent assumer les coûts supplémentaires des méthodes d’agriculture ou d’élevage plus écologiques, tandis que le non-bio se contente de refiler les coûts de dépollution aux générations futures.

On s’y met? 

Privilégiez les fruits et légumes de saisons, ils sont moins chers. Québecbio.com propose de nombreux trucs pour introduire le bio dans votre assiette sans vous ruiner. On y trouve tous les bienfaits du bio concernant l’environnement, la santé, l’économie, le goût et le bien-être animal, de l’information sur les certifications et même une section présentant les rabais hebdomadaires!

Local

C’est quoi?

En achetant local, on encourage les emplois d’ici et on diminue les gaz à effet de serre (GES) générés par le transport des denrées. Dans son livre Sauver la planète une bouchée à la fois, Bernard Lavallée précise toutefois que le transport représente environ 11 % des émissions de GES liés aux aliments ; la production et la transformation étant responsables de la plus grosse portion. Attention aussi au nombre de kilomètres parcourus, le Canada est un bien grand pays!

On s’y met?

Une bonne façon d’appuyer l’économie locale est de magasiner dans les marchés de quartier et de favoriser les circuits courts, réduisant ainsi le nombre d’intermédiaires entre le producteur et vous. Mangez des fruits et légumes frais au rythme des saisons, directement des fermes québécoises en vous abonnant aux paniers bio des Fermiers de famille. Difficile de manger local toute l’année? Pas selon Julie Aubé, auteure de Mangez local, avec ses moult astuces de conservation et ses recettes pour profiter des produits de chez nous hiver comme été.

Le saviez-vous?

Les fermes LUFA n’offrent pas seulement une multitude de fruits et légumes locaux et biologiques, mais aussi des poissons de pêcherie durable, des viandes d’agriculture plus respectueuses de l’environnement, en plus d’une grande variété d’alternatives végétariennes et des trésors des petits commerçants locaux.  LUFA travaille chaque jour à réduire ses emballages et livre chez vous ou dans plus de 200 points de cueillette à travers le Québec. Voilà une belle façon d’encourager des entreprises d’ici et de faire une différence!

En vrac

C’est quoi?

Le suremballage et les plastiques à usage uniques sont un fléau et les autorités tardent à réglementer. Avec la crise de la COVID-19, s’est propagée la fausse idée que le jetable est plus propre que ce qu’on peut nettoyer. Pourtant, tout commerce offrant le vrac est déjà soumis à des mesures sanitaires très strictes par le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et même en zone rouge, le MAPAQ n’a jamais interdit le vrac. Comme l’ont souligné dans une déclaration commune 120 expertes et experts de la santé provenant d’une vingtaine de pays : « Sur la base des meilleures données scientifiques disponibles et des conseils de professionnel.le.s de la santé publique, il est clair que l’usage du réutilisable peut se faire en toute sécurité en respectant les règles d’hygiène de base. » 

On s’y met?

Cuisinez! En plus d’éliminer les emballages, la cuisine maison est bien meilleure pour la santé, en plus d’être moins chère. À l’épicerie, avez-vous le réflexe de prendre les fruits et légumes en sacs ou empaquetés dans du plastique, quand juste à côté se trouve un plein étal du même produit en vrac? En remplissant soi-même ses sacs à fruits réutilisables, on en prend juste assez pour nos besoins. Allez, vous avez quelques pots Mason qui dorment au fond d’une armoire, laissez-vous tenter par une première expérience de remplissage! Trouvez un marchand de vrac près de chez vous avec le localisateur du Circuit Zéro déchet.

Carottes

Équitable

C’est quoi?

En achetant équitable, on s’assure que les fermiers et fermières reçoivent un juste prix pour leurs produits, que les employés travaillent dans des conditions décentes et que les méthodes d’agriculture soient durables pour les générations futures. En plus d’agir pour la protection de l’environnement, on contribue aussi à lutter contre la pauvreté.

On s’y met?

Saviez-vous que les Cafés Van Houtte servent exclusivement des cafés équitables? Il est peut-être temps de changer de barista! Dans la plupart des épiceries, en plus du café, des tisanes et du thé, on peut acheter cacao, chocolat, quinoa, et même des bananes équitables. Découvrez la passionnante histoire de chaque produit équitable disponible au Québec en cliquant sur choisiréquitable.org. Pour quelques sous de plus, vous changez des vies! 

D’origine végétale

C’est quoi?

L’élevage industriel des animaux est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre, responsable de déforestation et de perte de biodiversité, utilisant une quantité titanesque d’eau, polluant les cours d’eau et dégradant les sols. Selon Extenso, le centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal, 70 % des terres arables mondiales sont utilisées pour la production des animaux, incluant les pâturages et les cultures de céréales pour les nourrir. Pas étonnant que réduire sa consommation de viande soit le plus important geste à poser pour améliorer le bilan environnemental de son alimentation.

On s’y met?

Remplacez la moitié de la viande par une légumineuse dans vos recettes traditionnelles et favorisez les viandes moins polluantes, comme la volaille. Ajoutez des noix à vos salades, riz, couscous pour les transformer en repas complets et nourrissants. Essayez les délicieuses saucisses québécoises GUSTA, à base de protéine de blé, vous serez sédui.te.s!  Aussi, pensez à réduire vos portions de viande, le Guide alimentaire canadien établit que les aliments protéinés, qu’ils soient d’origine animale ou végétale, ne devraient remplir que le quart de l’assiette! Vous trouverez des recettes simples et beaucoup d’idées sur Loounie cuisine, de la créatrice du célèbre Tofu magique!

Aliment gaspillé

C’est quoi?

C’est le plus polluant! Un aliment périssable empilé dans un site d’enfouissement n’a pas accès à l’oxygène dont il a besoin pour se décomposer, il produit alors du méthane, un gaz à effet de serre 21 fois plus réchauffant pour le climat que le CO2, et il contribue à polluer les eaux souterraines avec le lixiviat, un liquide transportant avec lui les résidus toxiques présents dans les déchets. Évidemment, lorsqu’on place le même aliment au compost, on réduit considérablement l’impact de sa fin de vie, mais pas celui de tout son cycle (production, transformation, transport et distribution). Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un tiers de la nourriture produite dans le monde est perdue ou jetée, et la plus grande proportion du gaspillage se produit à la maison. 

On s’y met?

Osez la diversité et les agencements non traditionnels dans vos salades, soupes et plats de pâtes, cuisinez avec « touski » reste dans le réfrigérateur. Lavez et coupez vos légumes à l’avance, planifiez vos repas de la semaine, réorganisez régulièrement votre frigo, et sachez que la plupart des aliments se congèlent, même le tofu! Quoi faire avec un chou qui commence à montrer des signes de fatigue? Sauve ta bouffe, Chic frigo sans fric et J’aime manger pas gaspiller, sont trois boîtes à outils ludiques qui vous transformeront en champions(nes) anti-gaspi! En passant, « Meilleur avant » ne veut pas dire « Mauvais après »! Par ailleurs, pour profiter d’économies substantielles chez votre épicier habituel, achetez des denrées excédentaires à rabais, en téléchargeant l’une des applications FoodHero ou Flashfood

En conclusion, pas de culpabilité! Selon vos valeurs et la disponibilité du moment, introduisez dans votre panier d’épicerie des produits correspondant à au moins une des options écoresponsables ci-haut, deux c’est mieux, trois, c’est le nirvana! Enfin, malgré vos plus nobles intentions lors de vos achats, votre plus grand impact résultera de votre performance comme gestionnaire de frigo. 

Et n’oublions surtout pas le plaisir de manger! La santé humaine, la santé de l’environnement et le plaisir sont trois dimensions indissociables de notre alimentation. Ensemble, en utilisant notre pouvoir de consommateur(trice), en influençant le marché selon la loi de l’offre et la demande, on peut changer le monde, un achat à la fois!

Lorsque vous savourez un bon repas, en plus du plaisir gustatif des saveurs, ressentez la satisfaction de savoir qu’avec vos choix, vous faites du bien à votre corps, à votre âme et à la planète.

L’alimentation durable vous intéresse? Vous trouverez ici des suggestions de livres écrits par des icônes québécoises de la cuisine joyeuse, économique et responsable comme Bernard Lavallée, Florence-Léa Siry, ainsi que Caroline Huard, alias Loounie. Ces trois passionnés de cuisine présentent des chroniques dans l’excellente émission Moi j’mange, saison 2, présentée le mardi à 19h30, qu’on peut revoir en ligne sur le site de Télé-Québec.

Par Nathalie Ainsley pour l’association québécoise zéro déchet