Où vont nos masques?

Comment réduire l’impact des millions de masques de procédure qui sont entrés si rapidement dans nos vies ? Qu’advient-il de ces boîtes de collecte, utilisées par les écoles, mais aussi par les entreprises et commerçants responsables, qui avalent nos masques et les font disparaître miraculeusement ? Que se passe-t-il dans les coulisses du recyclage des masques ?

Notre conscience d’écocitoyen.ne est souvent dérangée par ces questions, en particulier depuis que le port du masque de procédure est exigé dans les écoles, les entreprises et certains lieux publics. Alors, faisons ici le tour des solutions pour essayer d’y voir plus clair.

Tous écocitoyen.ne.s

Le premier réflexe à adopter pour protéger l’environnement est d’éviter d’abandonner nos masques sur la voie publique ou dans la nature. Ce simple geste évitera que les masques ne se dégradent en micro et nanoplastiques, qui s’accumulent dans les sols, les rivières et les océans pendant plusieurs dizaines d’années, ou encore qu’ils n’entravent le fonctionnement des stations de filtration d’eau potable.

Lorsque des boîtes de collecte sont disponibles, il ne faut pas hésiter à les utiliser. Même si le recyclage n’est pas encore optimal, c’est en encourageant cette forme de collecte que le dépôt sauvage et l’enfouissement pourront être évités.

Attention! Les masques déposés dans le bac de récupération de la maison (destiné à la collecte sélective) finiront avec les ordures, car les municipalités n’offrent pas encore ce service.

Pourquoi faut-il recycler les masques?

Un masque de procédure est composé de différentes matières : polypropylène (plastique), barrette nasale en aluminium ou en fer recouverte de plastique, attaches auriculaires en polyester ou autre matériau (les fameux élastiques).

Différentes solutions sont présentement disponibles pour traiter les masques de procédure usagés :
  • La valorisation énergétique ou thermique : récupération de l’énergie ou de la chaleur générée par la combustion des masques.
  • La valorisation en matériaux composites : les matériaux constituant les masques sont mélangés à de la biomasse pour former des composites compacts qui peuvent à leur tour générer de l’énergie ou de la chaleur, être transformés en éthanol, en méthanol ou en équipements variés (panneaux de construction, murs coupe-son).
  • Le recyclage : les différents matériaux composant les masques sont séparés puis transformés pour permettre leur réutilisation. Ainsi, la partie centrale est broyée et transformée en paillettes de plastique qui peuvent être revendues à des entreprises, qui vont les utiliser à leur tour pour fabriquer de nouveaux produits. Même les barrettes en aluminium et les élastiques des attaches auriculaires trouvent des débouchés auprès des repreneurs.
D’après le principe de hiérarchisation des produits en fin de vie, le recyclage des masques est à prioriser plutôt que la valorisation énergétique ou l’enfouissement, car il génère en principe moins d’impacts environnementaux.  
Source: Hannah
entreprises de récupréation

Au Québec, plusieurs entreprises proposent leurs services de récupération et de recyclage des masques de procédure. Cependant, elles ne sont a priori pas équivalentes en termes de gain environnemental. Deux paramètres en particulier sont à considérer :

  • Le lieu de traitement des masques : certaines entreprises acheminent les masques jusqu’en Ontario, dans le New Jersey ou en Illinois, générant des gaz à effet de serre (GES) importants lors du transport, ce qui augmente considérablement l’impact environnemental de la récupération.
  • Le type de traitement des masques : recyclage ou valorisation.

entreprises responsables

Considérant ces paramètres, la solution la plus intéressante sur le plan environnemental est le programme Go Zero de l’entreprise MedSup, qui travaille avec plusieurs partenaires québécois.

Pourquoi ?

  • Ils garantissent le recyclage de 100% des masques, plutôt que la valorisation en énergie ou en matériaux composites.
  • Ils sont au Québec ! On limite nos émissions de GES et on encourage l’économie locale.
  • Ils travaillent avec des entreprises d’économie sociale qui favorisent la réinsertion de personnes en difficulté à Sherbrooke (Défi Polyteck), Montréal (Axia), Sorel-Tracy (Recyclo-Centre), Alma (Groupe Coderr), et bientôt Québec (Groupe TAQ). 
les coûts, toujours les coûts!

Attention, ces solutions sont dispendieuses (plusieurs dizaines de milliers de dollars par tonne métrique pour la solution du recyclage) ! Avant d’aller de l’avant, assurez-vous de demander un devis complet comprenant tous les aspects (dont l’achat de la boîte de collecte et le transport) selon le volume de masques à traiter et faites équipe avec d’autres entreprises locales pour réaliser des économies sur le service de récupération. Exigez des certificats de traçabilité de la part de votre fournisseur.

Pourquoi le recyclage des masques est-il si dispendieux ? D’abord, la séparation des matières nécessite un travail minutieux, souvent manuel, qui se répercute sur les coûts. Ensuite, la faible masse volumique des masques rend difficile leur acheminement et leur traitement en grandes quantités. Enfin, la récupération des masques n’est pas centralisée au Québec et les points de collecte sont encore bien trop rares. Par conséquent, les flux de transports ne sont pas optimisés, ce qui nuit à la collecte massive des masques et à la mise en place de procédés de traitement de masse plus rentables.

et après, on va s’améliorer?

Recyc-Québec prépare une analyse de cycle de vie qui permettra de confirmer quelle solution de récupération constitue la meilleure alternative pour l’environnement, en quantifiant notamment tous les impacts environnementaux du recyclage des masques : collecte et transport, séparation et traitement des matériaux, acheminement vers une entreprise qui transformera les matières recyclables en nouveaux produits, fabrication de ces nouveaux produits… À suivre de près!

Pour le moment, en effet, il n’existe pas à notre connaissance d’étude quantitative permettant de démontrer que le recyclage des masques de procédure génère moins d’impacts environnementaux que les autres solutions. Il est donc urgent de statuer sur ce point. Seule une analyse de cycle de vie fournira les arguments nécessaires à une prise de décision éclairée et, peut-être, suscitera la prise de conscience nécessaire à une gestion centralisée de la collecte et du traitement des masques à l’échelle du Québec.

En attendant, une avenue importante à explorer en dehors du recyclage est la réutilisation des masques. Celle-ci permettrait de réduire considérablement les quantités de déchets engendrés, et d’éviter les impacts environnementaux du recyclage (transport, énergie consommée, etc). Un consortium de chercheurs a d’ailleurs démontré que les masques de procédure demeurent efficaces après 10 lavages à 60 degrés Celsius, c’est-à-dire qu’ils continuent de respecter la norme de référence EN14683 pour les masques de type 1. Il serait donc intéressant que Santé Canada se penche sur cette étude et émette des recommandations à l’usage du grand public et des fabricants de masques, pour encourager le lavage sécuritaire des masques de procédure. Certains pays ont déjà émis des directives dans ce sens.

À quand la mise en place d’une norme pour le masque réutilisable destiné au grand public au Québec ?

Selon les principes de saine gestion des matières résiduelles, le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Alors, si on se sent à l’aise et lorsque c’est possible, porter un masque lavable et réutilisable permet de réduire nos déchets… en attendant le jour où, comme avant, nous n’aurons plus besoin de nos masques !

Par blandine Sebileau-Meyniel pour l’association québécoise zéro déchet

Sources

Charvet, A., Thomas, D., Bardin Monier, N. (2020). Laver nos masques chirurgicaux, c’est possible. The Conversation. https://theconversation.com/laver-nos-masques-chirurgicaux-cest-possible-150227

Colpron, S. (2021). Recyclage des masques : le jeu en vaut-il la chandelle ? La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-04-07/recyclage-des-masques-le-jeu-en-vaut-il-la-chandelle.php#

Gagné, L. (2021). Un procédé de recyclage des masques jetables sème des doutes. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1751285/recyclage-masques-procedure-usage-unique-terracycle-doutes-recuperation-valorisation

Hannah (s.d.). Recycle : Painted saying [image en ligne]. Stockvault. https://www.stockvault.net/photo/106319/recycle

Léveillé, J.-T. (2021). Masques jetables. Sont-ils réellement recyclés? La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2021-03-15/masques-jetables/sont-ils-reellement-recycles.php

Léveillé, J.-T. (2021). Recyclage des masques. Une solution à l’essai en Estrie. La Presse. https://www.lapresse.ca/covid-19/2021-02-10/recyclage-des-masques/une-solution-a-l-essai-en-estrie.php

Léveillé, J.-T. (2021). Une solution québécoise boudée… au Québec. La Presse. https://plus.lapresse.ca/screens/e9bc077b-e284-447b-a5fa-0f898477a27b__7C___0.html?fbclid=IwAR2lXyvDhegG2w7TiVkl_qu-WrBR6_eNerrAcLYnDU3Ucx8oeLPMjvXPaWM

Radio-Canada. (2021). Le CIUSSS de l’Estrie lance un projet pilote pour récupérer ses masques chirurgicaux. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1769750/recyclage-recuperation-masques-chirurgicaux-ciusss-estrie-universite-sherbrooke

Recyc-Québec  (s.d.). Mieux Consommer. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/citoyens/mieux-consommer (Consulté le 30 mai 2021)

Recyc-Québec (2021, 22 avril). Entreprises offrant des services de récupération de masques et d’équipements de protection individuelle. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/liste-options-recuperation-EPI.pdf

Savary, J. (2021). Des masques recyclés par millions. La Voix de l’Est. https://www.lavoixdelest.ca/actualites/recycler-les-masques-a67612da42a4aaccc0d6fcb958470d2e