Non, la COVID-19 n’a pas tué le zéro déchet!

La pandémie a remis en question nos manières de penser et de consommer. Le plastique a fait son grand retour en dépit de toutes considérations environnementales. Pourtant, les commerces pratiquant le zéro déchet se sont adaptés et prouvent que celui-ci est sécuritaire. 73 % des 271 adeptes du zéro déchet que nous avons interrogés dans le cadre d’un sondage continuent même d’acheter en vrac. État des lieux du zéro déchet à l’ère de la COVID-19.

Les entreprises zéro déchet ont su s’adapter

Qu’ils oeuvrent dans le secteur du commerce de seconde main, du vrac, du sans plastique ou du Do It Yourself, les entrepreneurs de la communauté zéro déchet ont tous été confrontés à de nouveaux défis liés à la pandémie. Si certains ont pu maintenir leurs magasins ouverts, d’autres ont dû inventer de nouveaux modes de distribution afin de poursuivre leur activité malgré le confinement. Comme le résume Anouk Bélanger, cofondatrice de Omaïki: « Être entrepreneur, c’est s’adapter sans cesse, rebondir, recevoir des challenges et les relever. Ça fait partie du mandat! ».

Être entrepreneur, c’est s’adapter sans cesse, rebondir, recevoir des challenges et les relever. Ça fait partie du mandat !

Le zéro déchet a fait ses preuves pendant la COVID-19

Toutes les entreprises que nous avons contactées ont su réagir vite et déployer les mesures de prévention nécessaires pour assurer la sécurité des clients et permettre ainsi que le zéro déchet perdure, malgré la pandémie. Ariane Archambault, coordinatrice en communication chez LOCO, confirme: « On a établi un dialogue constant avec les clients pour recueillir leurs suggestions et leur retour d’expérience sur les mesures mises en place. Cela nous permet de voir constamment comment s’améliorer. Nous avons toujours le souci de connaître notre clientèle et ses attentes. On voulait mener la réflexion avec eux. »

Ainsi, au coeur de la tourmente, en plein confinement, l’épicerie spécialisée dans le vrac a mis en place un système de livraison à domicile, un service pour emporter et une infolettre spéciale COVID-19. À l’instar d’autres épiceries zéro déchet, elle a donc innové, pour renforcer les mesures d’hygiène et la distanciation sociale, tout en maintenant la possibilité pour le client d’apporter ses propres contenants et de déposer ses pots consignés.

Car, si le jetable est parfois considéré comme plus sécuritaire, c’est surtout l’hygiène qui est le garant de l’absence de contamination. Les contenants réutilisables, dès lors qu’ils sont lavés à l’eau savonneuse et qu’ils sont manipulés uniquement par le client, ne présentent aucun risque de contamination. A contrario, les contenants jetables, touchés par de multiples personnes, sont beaucoup moins hygiéniques. Chantal Plamondon, cofondatrice de Life Without Plastic, qui documente depuis plusieurs années les dangers du plastique pour la santé et l’environnement, renchérit : « Le plastique transmet des additifs chimiques extrêmement nocifs. Parfois, les gens sont rassurés par le jetable car ils ne considèrent pas que nettoyer est suffisamment sécuritaire. Là, c’est un travail d’éducation à faire. »

Le plastique transmet des additifs chimiques extrêmement nocifs. Parfois, les gens sont rassurés par le jetable car ils ne considèrent pas que nettoyer est suffisamment sécuritaire. Là, c’est un travail d’éducation à faire.

La plupart des adeptes du mode de vie zéro déchet gardent confiance en ce mode de consommation. Certes, pendant le confinement, près de 60 % des personnes interrogées par l’AQZD ont rencontré des difficultés pour s’approvisionner en vrac, mais 70 % ont profité de cette période pour entamer une démarche de déconsommation et revenir au « fait maison ». Finalement, la très grande majorité des personnes interrogées considère que le risque de contamination n’est pas plus élevé dans un petit commerce zéro déchet que dans une grande surface, comme l’exprime l’un des répondants au sondage: « Les emballages créent un faux sentiment de barrière alors qu’ils ne sont pas forcément propres! ».

Les emballages créent un faux sentiment de barrière alors qu’ils ne sont pas forcément propres!
Répondant au sondage sur le zéro déchet

 

Plusieurs observent d’ailleurs que les clients et les employés sont plus rigoureux sur l’hygiène dans les petits commerces écoresponsables. Chez Renaissance, le raisonnement va en ce sens : « Plus l’employé est en confiance, plus le client est en confiance », explique Eric Saint-Arnaud, le directeur général. Les protocoles sanitaires mis en oeuvre dans les centres de dons et les commerces de seconde main instaurent un climat de confiance, tant au sein des équipes que de la clientèle. Les objets donnés sont placés en quarantaine avant d’être disposés en rayons et les protocoles sanitaires assurent une hygiène optimale. Pour Renaissance, l’économie de seconde main sera d’ailleurs primordiale en cas de crise économique pour subvenir aux besoins des populations précaires.

Adam Niklewicz
Image créée par Adam Niklewicz pour le projet d'appel global aux créatifs des Nations Unies
Image created by Joystick Interactive.
Image créée par Joystick Interactive pour le projet d'appel global aux créatifs des Nations Unies

Une prise de conscience environnementale

 

Si les enjeux sanitaires et économiques sont devenus prioritaires sur la scène médiatique, l’environnement n’a pas été totalement absent des discussions depuis le 15 mars. Au contraire, le confinement du monde a démontré qu’il est possible de ralentir la machine. Une fois sur pause, nous avons tous pu constater la vulnérabilité du système économique actuel et les liens étroits entre consommation à outrance et dégradation de la planète. Comme le rappelle le pharmacien Sébastien Lacroix : « Il ne faut pas oublier que les deux crises (sanitaire et environnementale) sont liées et qu’il y a des parallèles à faire. De la même manière qu’il faut des mesures de prévention pour faire face aux crises sanitaires, il faut se préparer à la crise écologique et changer nos modes de consommation dès maintenant. »

Malgré le retour certain des objets jetables, les revendications en faveur d’une relance verte se font entendre au Québec et ailleurs dans le monde. Une grande partie de la population montre un intérêt grandissant pour l’achat local et le développement des circuits courts. Les entreprises zéro déchet sont ainsi plus que jamais convaincues de la pertinence de leur mission et des attentes de leur clientèle. L’heure n’est pas à la remise en cause des récents progrès du mouvement zéro déchet. Au contraire, cette pandémie pourrait nous offrir une occasion unique de prendre du recul et de se poser les bonnes questions.

Certains adeptes du zéro déchet, soucieux de voir les entreprises continuer à offrir des options écologiques aux consommateurs tout en respectant les mesures sanitaires idoines, proposent justement un sixième R « Revendiquer » – pour compléter les 5 R de la démarche zéro déchet. Chacun.e pourrait ainsi revendiquer, en utilisant un ton positif et non culpabilisant, la mise en place ou le retour de dispositifs plus écologiques dans les commerces et entreprises.  

Conclusion

Alors qu’une deuxième vague semble se profiler à l’horizon, quels enseignements tirer de cette pandémie et quelle société post COVID-19 souhaitons-nous construire? Le monde saura-t-il, à l’image des entrepreneurs zéro déchet, s’adapter, sortir des sentiers battus et revendiquer afin de bâtir une économie écoresponsable?

Marguerite Rose pour l’Association québécoise Zéro Déchet