Une solution à l’obsolescence?

Les objets du quotidien ont une durée d’utilisation de plus en plus réduite, et les faire réparer s’avère compliqué. Quand ce n’est pas un bogue sur l’ordinateur, c’est le micro-ondes qui cesse de fonctionner ou encore le ventilateur qui fait défaut. Comment expliquer ce phénomène malgré les avancées technologiques?

 

obsolescence

La notion d’obsolescence programmée réfère à un stratagème élaboré par les manufacturiers pour réduire la durée de vie des produits en leur donnant une date de péremption afin de contraindre ou d’inciter les gens à en acheter de nouveaux. La réparation est alors compliquée par des mesures de protection technologiques comme l’inaccessibilité des outils et des pièces. L’obsolescence programmée est un concept controversé car il est fondé sur une perception plutôt que sur des preuves tangibles. La qualité et la durabilité des produits est inévitablement réduite par d’autres facteurs comme le climat concurrentiel, la demande d’achat à des coûts faibles et les avancées technologiques rapides, qui influencent les choix des fabricants.

On opte donc simplement pour la notion d’obsolescence, qui est définie dans le Rapport Équiterre de 2018 comme « la dépréciation d’un matériel ou d’un équipement avant son usure matérielle. »

Selon le Rapport Équiterre de 2018, l’effet principal de l’obsolescence est l’accélération des cycles d’acquisitions, qui elle-même entraîne la dégradation environnementale : l’épuisement des ressources naturelles, les émissions de gaz à effet de serre, la destruction de la couche d’ozone, l’acidification de l’air, l’eutrophisation de l’eau et la multiplication des déchets.

Un rapport de l’ONU expose que les déchets électroniques représentent le flux de déchets connaissant  la croissance la plus rapide au monde. Cette réalité s’explique par les taux élevés de consommation, les cycles de vie plus courts des produits et le peu d’options de réparation. La somme astronomique de 53,6 millions de tonnes métriques de déchets électroniques a été produite en 2019, une augmentation de 21% en seulement cinq ans. Pour vous donner une idée, c’est l’équivalent du poids de 350 bateaux de croisière! Il est estimé que ce chiffre atteindra 74 millions d’ici 2030.

Déchets électroniques, Source: John Cameron, Unsplash
Une solution dans le droit?

Sanctionner pénalement l’obsolescence programmée est une mesure inadéquate car il est trop ardu de prouver le caractère intentionnel de la programmation.

Pour aborder le problème, il faut plutôt reconnaître aux consommateurs et aux consommatrices le droit à la réparation, et ainsi leur permettre de faire réparer leurs appareils à un coût raisonnable. C’est le fameux dilemme : faire réparer coûte pratiquement aussi cher qu’acheter neuf! Dans certains pays, il existe des mesures comme l’obligation de rendre les pièces disponibles pendant un délai raisonnable, de partager l’information technique aux réparateurs indépendants et d’offrir un service de réparation. Il serait aussi possible d’ajouter une garantie de bon fonctionnement d’une durée raisonnable à la garantie légale de qualité. Pour faciliter l’accès à la réparation, les fabricants pourraient être contraints de partager leurs plans à des tiers indépendants. Cela marquerait la fin du monopole de réparation, auquel s’oppose une partie du lobby manufacturier, qui souhaite garder l’emprise sur leurs brevets. Cette solution réduirait les cas où l’on se débarrasse de ses appareils dû aux options limitées, contraignantes ou coûteuses de réparation.

Le droit à la réparation, Source: Recha Oktaviana, Unspalsh

Une loi française intégrée au Code de la consommation depuis 2015 prévoit des mesures concrètes concernant la réparabilité des produits, dont un système d’indices de réparabilité. Ainsi, les fabricants sont obligés d’afficher sur les appareils électroménagers ou électroniques une note sur 10 basée sur divers facteurs indiquant les possibilités de réparations offertes au consommateur.

Au Québec, des étudiants en Droit de l’Université de Sherbrooke ont rédigé le projet de loi 197, qui a été déposé à l’Assemblée nationale en 2019. Ce projet de loi vise à modifier la Loi sur la protection du consommateur dans le but de contrer l’obsolescence en maximisant la durée de vie des produits. Un reportage de La Facture indique qu’un indice de durabilité des biens, des pièces détachées et des outils accessibles à un prix raisonnable seraient imposés, ainsi que la possibilité de faire affaire avec un réparateur indépendant. Le gouvernement a démontré de l’intérêt lors de l’adoption de principe en avril 2021, mais reste à voir si le projet de loi sera réellement adopté.

d’ici là, que peut-on faire?

Faire durer nos appareils le plus longtemps possible.

L’entretien et la réparation sont des facteurs clés pour maximiser la durée de vie des appareils. Les réparer soi-même est une option à considérer; elle est facilitée par les tutoriels sur le Web et les communautés de pratique comme Touski s’répare, Ifixit et les Affûtés Montréal.  Comme on dit, quand on cherche, on trouve! Il existe aussi des initiatives d’ateliers de réparation par des bénévoles comme Repair Café et Réparathon.

On peut aussi maximiser la durée de vie des appareils électroniques en résistant au goût du changement et de la nouveauté. Eh oui, une part non négligeable de l’obsolescence est psychologique! On ne se le cachera pas, l’attrait des nouveaux designs, les nouvelles fonctionnalités et le raffinement des appareils ne facilitent pas la tâche.

Considérer d’autres alternatives qu’acheter neuf

Selon le Rapport Équiterre de 2018, 80% des répondants ont acheté leur dernier appareil neuf. Pourquoi ne pas considérer des options comme la location, le partage, l’échange et l’achat d’occasion sur des plateformes comme Kijiji ou Facebook Marketplace

 
L’achat d’occasion, Source: Greg Robinson, Unsplash
optimiser la remise en marché de nos appareils

Selon le bilan publié en 2020 par Recyc-Québec, l’accumulation de produits dont on ne se sert plus est l’une des principales causes des faibles taux de récupération. Le don ou la revente sont des formes de valorisation à prioriser lorsque l’on se débarrasse d’un appareil.  D’ailleurs, Insertech, une entreprise d’économie sociale, récupère, répare et remet en vente les vieux appareils électroniques. Dans le cas des cellulaires, il faut garder l’œil ouvert pour les programmes de reprises offerts par certaines compagnies. Recycell permet d’ailleurs d’acheter des cellulaires et téléphones intelligents usagés. Quand aucune de ces options n’est possible, on peut toujours consulter l’emplacement des dépôts de Serpuariens. Ces choix augmentent la durée de vie utile des appareils et les empêchent de végéter au fond d’un tiroir.
faire des choix éclairés

Après avoir répondu à la fameuse question « En ai-je vraiment besoin », il peut être utile de consulter des sites de recommandations de produits. Ces derniers testent et comparent les produits entre eux, ce qui permet d’évaluer les options sur la base de critères environnementaux. Parmi eux, les labels comme « Energy Star » et le sceau « Protégez-vous recommande » sont de très bons outils qui fournissent de l’information de qualité pour une évaluation complète d’un produit.

Faire reconnaître le droit à la réparation est une possible solution législative à l’obsolescence, mais son futur reste incertain. La bonne nouvelle, c’est que nos comportements de consommation peuvent faire une différence pour contrer cet enjeu afin d’assurer une plus longue durée de vie aux appareils et un meilleur avenir à notre planète.

Une pétition Greenpeace circule en ce moment pour soutenir le droit à la réparation.

Par Élodie St-André pour l’association québécoise zéro déchet

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Sources: 

De Lancer, A. (2019, 11 décembre). De l’obsolescence programmée au droit à la réparation (n° 254) [épisode d’un balado audio]. Dans Ça s’explique. Société Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/balados/6108/ca-sexplique-balado-info-alexis-de-lancer/450210/surconsommation-loi-objets-desuetude-consommateurs

Girard, A., Thorpe, C., Durif, F., Robinot, É. (2018). Obsolescence des appareils électroménagers et électroniques: quel rôle pour le consommateur? Équiterre. https://www.equiterre.org/sites/fichiers/fr_rapportobsolescence_equiterremai2018.pdf

Girard, M. (2021, 25 mai). La guerre aux ampoules intégrées. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/2021-05-25/la-guerre-aux-ampoules-integrees.ph

Paillet A. et Cumyn, M. (2020, 5 mars). Le droit peut-il rendre les biens plus durables? Chaire de rédaction juridique. https://www.redactionjuridique.chaire.ulaval.ca/le-droit-peut-il-rendre-les-biens-plus-durables

Sanche, F. (journaliste). (2019, 10 décembre). Déprogrammer l’obsolescence [épisode]. Dans S. Desforges (réalisatrice), La Facture. Société Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/tele/la-facture/site/episodes/450083/obsolescence-planifiee-reparation-biens-pieces?isautoplay=true

Shields, A. (2021, 18 mars). Cellulaires et ordinateurs portables sont très peu récupérés au Québec. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/societe/environnement/597139/cellulaires-et-ordinateurs-portables-sont-tres-peu-recuperes-au-quebec

Les déchets électroniques ont augmenté de 21% en cinq ans (ONU). (2020, 2 juillet) https://news.un.org/fr/story/2020/07/1072262

Réparer nos appareils électroniques devrait être accessible et abordable. Greenpeace. https://act.greenpeace.org/page/82759/petition/1?ea.tracking.id=fr_overconsumption_righttorepair_fallback_email_20210524_sign_alr_alr_righttorepair.reminderemail%20E&locale=fr-ca&utm_medium=email&utm_source=engagingnetworks&utm_campaign=righttorepair&utm_content=fr+overconsumption+righttorepair+fallback+email+20210524+sign+alr+alr+righttorepair.reminderemail+E&ea.url.id=5321312

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